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24.11.07

Ensuite. [1/12]


1. Dimanche. 14. Lundi. 29. Ville de N.


Et j’essaie de comprendre ce qui s’est passé. Ce qui a passé. Tu t’en doutes. As-tu un doute. J’essaye. J’essayais de comprendre et je t’écrivais. Vois-tu. Je le fais. Ceci. Est un récit traduit. D’une langue où parlaient encore les morts lorsqu’ils étaient vivants. Ceci. Est un récit à traduire. Ceci. Un récit. Où la seule voie se tiendra dans ta lecture, seul. voilà, j’écris. Avec ici les noms disparus. Avec ici les dieux disparus. Avec cela qui reste, de chaque nom disparu. Une lettre, seule. En lieu et place de chaque nom, une lettre. Pour commencer. Seul. Un œil. Seul. en lieu et place de chaque dieu. Un œil. Ce regard. Un seul, nom. Toujours dit. Un seul dieu. Encore nommé. Eros. Avec toi, j’écris. Dans le souvenir de cela qui fut. Dans le flux continu discontinu du seul écoulement, seul. Dans le présent d’une adresse chaque jour changeante. Ma voie. Ta lecture. Notre fiction. En partage. Voilà, j’écris. M’entends-tu. Le texte lu ce soir est une matière. Ta lecture est une voie. Une voie dans la matière. [le texte publié dans ce livre (serait-il écrit, en exergue, dans le livre, à venir) est le résumé d’un texte à venir, non encore écrit, à écrire. Ecrire = venir = jouir. Stop.] Aujourd’hui mardi avec les mots d’hier aujourd’hui je t’écris avec les mots des mois derniers. Avec les écrits premiers, ceux des premiers temps, où la main de l’homme osa le chant du provoque-moi le temps. Prétendant. Le fixer. Il y a 108 prétendants. Jamais je ne vivrai assez vieux. C’est V qui le dit. C’est V le vieux qui le dit. V le vieux le sage le vieux sage parlant à l’oreille de l’enfant de son enfant avant la nuit. Pourquoi je fais confiance à V. Une confiance. Aveugle. Je te fais. Confiance. Aveuglément. Cela me regarde. La confiance. Que je mets en toi me regarde. Aveugle. Et je t’écris. Avec O. Je t’écris. Avec H. Je t’écris. A toi, M, à toi, A, à toi, D, à toi, T. Je t’écris souviens-toi de ce jour où tu n’étais pas là. Jour d’avant le premier jour. Fait fiction. Premier jour. Te souviens-tu. Je me souviens. Du premier dimanche. Il y a 39 ans, dans la nuit, des neufs soleils, ville de C. Il y a : 15 jours, à P, ville de N. Il y a. 2700 années passées depuis le premier mot. 4014 années, autant. Je te raconte. Ça commence. Maintenant. C’est un dimanche. On attend qu’il y ait un peu de monde. Pour commencer. Toujours. On a fait ça. Toujours. On fait ça toujours. On a pris cette habitude. Seul. Ne jamais commencer. Seul. Moi. Je trouve que c’est un peu tôt. Mais. Pour un début. Mais. 14h14. Ils sont où. Qui ça : ils. En tout cas, moi, je ne dirai rien, je ne raconte pas mon voyage. Quand on me demande si c’était bien, je dis eh bien oui, c’était bien. Si tu me demandes, je ne te raconte pas. 14h25. C’est le premier jour. On se connaît à peine. Prenons-le temps. De. Faire connaissance. Tu fais quoi, de ces phrases, de ces mots, qui ne sont pas les tiens. Des phrases de toi, je fais quoi. Je t’écoute, je te vole, je te garde, je te donne. Est-ce que tu sais : te donner. Est-ce que tu sais : dire les données nécessaires et minimales pour entreprendre un voyage. J’ai besoin d’un billet retour. Je veux un billet de non-retour. Je voudrais tant que tu me parles. Je voudrais tellement savoir t’écouter. Savoir écouter. Le plus profond de toi. Ce que toi-même tu ne connais pas de toi, je te le dirai, et toi seule toi seul. Tu sauras m’entendre. J’aurai parler : d’autre chose. Un secret. Tu me l’auras demandé. Il aura surgi. Sans que je m’y attende. Non. Je ne dirai rien. Ne ferai le récit de rien. Garderai le secret. De U. Tu le connais. Toi. Le secret de U. C’est la mer, me dit M. Dans la famille des sans nom, je voudrais le fils. Tu te souviens. Il attend avec maman le retour de papa et papa retourne à la mer. Retrouver. Les yeux. Les yeux cachés dans la forêt des flots. Les yeux cachés dans la forêt des mots, des phrases, des lettres. Un alphabet. Une grammaire. Est-ce que j’ai oublié les noms de tous les yeux. Est-ce que je les ai oubliés tous à l’exception seulement d’un. Nom. Est un mot. Un. Nom. Est un mot. Retrouver. Les yeux. Dans la forêt non des mots ni des phrases mais dans celle des lettres. Seule. Là, dès l’être venu à. La. Vie. Seul. A 15h36. Il n’est pas vieux mais déjà il veut voir. Il veut déjà savoir. Il regarde partout. Il s’accroche à tout et de tout veut faire sens. Il veut. Ecrire à partir du nom des yeux. Il veut. A partir de. Il veut. Partir. Il veut déjà partir. A peine arrivé que déjà veut partir. C’est toujours les batteries qui posent problème, lui souffle un homme d’expérience. Ce sont toujours les images, voulez-vous dire, celles faites pour garder traces, qui posent, se posent, se déposent. Non. Derrière le mur. Je me souviens. Un groupe s’était réuni pour peindre l’œil unique de C. Un groupe réuni pour la multiplication de l’œil unique. Je te démultiplierai la vie. Te démultiplierai la vue. Et nous allons. Chercher. Ensemble. Ne dévoilons pas trop. Ne. Nous dévoilons pas trop. La première ligne, regarde, c’est là. On peut entrer dedans. Moi, je vais t’accrocher l’œil. Moi, je vais t’entrer dedans, par l’œil. Moi, je vais te voir, par le dedans. Parle-moi. Sans rien dissimuler. Qui es-tu ? D’où viens-tu. Quels sont tes parents et ta ville ? Attention. Ne fais pas trembler de trop par ta parole les colonnes du temple. Elles sont réelles. Ecoute, je vais te raconter l’histoire. Ça, ce signe là, tu vois, ça veut dire : éternité. C’est le premier jour. C’est la première fois que tu viens ici. Non. Je suis déjà venu. La première fois que tu es venu, tu te souviens. Oui. Je me souviens. Raconte-moi. Non. Je te raconterai une autre fois où je suis venu. Ici. Je suis venu souvent. Je te le raconterai, sans rien vouloir, sans ta demande, au grès des jours, au grès de nos. Rencontres. Mais. Mon nom. Je veux bien te le dire. Maintenant. Mon nom, véritable, est à l’instant de la rencontre une instance face à la durée en la laquelle ma vie va, après, je reprends la mer. Tu sais, on va peut-être en faire moins que prévu. Tu as vu, là, cette femme. Je la connais. Tout à l’heure, elle est passée devant moi et elle m’a soufflé le mot : retour. J’allais l’écrire. Elle l’a dit. Et, son sourire. Oh. Chère M. Je suis assis derrière une table et devant moi, le clavier. D'où je me tiens, je vois une robe que je ne peux mettre que si quelqu’un m’aide. Je fais un geste, devant moi, que je ne peux voir que si un autre le fait. Vous avez inventé un mot, n’est-ce pas. Quel est-il. Je vous jure, madame, je n’ai jamais couché avec. Oh, ma vie mise à vue. J’en ferai le récit. Je mettrai une robe, au récit de ma vie. Tu ne reconnaîtras rien de moi. Regarde. Comme ça, je te plais. Et comme ça. Regarde. Le récit de ma vie, comme ça, je vais te le donner à voir. Comme ça, il me plaît, et, s’il te plaît, ne viens pas me parler de mensonge. J’essaye, de fabriquer, une colonne de plus pour le temple afin que la parole puisse trembler. J’essaye. De dessiner un œil. Ici, je bâtirai une ville. Et je vous ferai, à la toute fin, une dernière proposition, avant de partir. Aurons-nous jamais assez de temps pour vivre tout. Chère M, je suis à la table, au clavier. A ma droite, derrière le mur : l’œil cherche dans l’espace un corps pour s’accrocher à lui, pour partir de lui : et de là, voir. Une femme, devant moi, caresse un chien. Devant moi, une femme prononce le mot : monstre. Une femme, derrière le mur, prononce le mot désignant une machine par laquelle payer le temps de stationnement autorisé pour une machine permettant au corps de l’homme de se déplacer dans l’espace sans fatiguer son corps d’homme. Elle dit : je vais fabriquer une colonne de plus afin que la parole puisse faire trembler l’œil. Une femme, devant moi, elle filme : les pieds d’un homme. Sur quoi repose un temple. Il ne faut pas. Approcher. De trop près. Sinon il prend la mer. Attention, il faut que vous lui parliez, sinon : il ne sait pas ce qui se passe, c’est un chien. Il s’appelle B. Oui, c’est ça, parlez-lui. Ohlala quoi, que vouliez-vous lui dire. Il y a un événement, là, juste là, c’est le chien de U, il a peur des hommes. Qui ça, le chien, ou U. Des êtres, humains, dans des fauteuils, excuse-moi, je passe. Le chien embrasse la femme, je passe. Devant la caméra, tu es magnifique : tu es : le devin qui me révèle mon avenir. Mon chien n’a qu’un œil, c’est pour ça, je l’ai appelé B. Mais, au prix de combien de jours de marche. Combien de jours. M’a-t-il fallu. Pour nommer le chien B, et non pas C. A la fin, il s’écrase au sol. A la fin, filiation, passation, transmission. Allô la terre ici la mer. A la fin, il abrège, il accélère la fin. A la fin, il invente pour toi un monstre auquel tu n’osas jamais penser pour faire trembler un corps. Ce sera moi. Monstre inventé. A chaque page. Figure de monstre, réinventé. Ce sera moi. A chaque page. Dans les fauteuils, tu me vois. Je vais faire comme si, comme si, comme si, comme si, comme si c’était une vague, une tempête, une lame me déchirant les os de mâchoire gauche à tempe droite, mais, déchirure : intérieure, tout dedans, rien à vue. Pourtant, toi tu vois, n’est-ce pas. Dans les fauteuils, assis, bien tranquille, dans le confort des fauteuils, tu lis ma guerre, mon sang, le chaos, tu le sens, tu le lis, le récit né des contraintes premières, tu le lis comment, mon corps en guerre et sang, de chaos, tu le vis le vois comment, par ta lecture, seule. Je vois comment tu montres vrai de toi cela qui t’échappe et jamais rien d’autre. 16h42. Ça va commencer par une chanson. Je vous propose. De l’écouter. Je vous propose. De faire retour. Je vous propose. De me dire un secret.

Quitter la maison. Aller dehors. Lire dehors. Lire dedans. Ecrire dehors. Ecrire dedans. Faire le résumé. Ecrire avec. Ce qui fut. Avec ce qui. Revient. Ce temps. Lorsque nous étions, ensemble, dans la maison. Ce temps seul, avant, premier temps, première fois, premier jour, premier mot, seul. A nouveau seul aujourd’hui. Dehors. Dedans. Ecrire. A même le livre. Ensemble, dans la maison. Nous avons vécu. A même le livre. Ensemble. Nous avons lu. Ensemble. Qu’avons-nous vu. Qui as-tu rencontré. Depuis. Quoi vit encore, aujourd’hui. Avec ceci, je, continue. Avec ceux-ci. 108. Prétendants. C’est V qui le dit. Ecrire, en marchant vers la pointe de l’île, aujourd’hui, là-bas, je relierai le chant au chant. Le livre à la main. Je relierai. Le livre à la maison. Par ma seule marche. A la maison, je relirai le livre. Lire. Ecrire. Avec le souvenir de. Lamaison des autres. Qui est-elle. Maison commune, éphémère. Ecrire, avec les dessins accrochés au mur. Avec les projets, de chaque jour. Ecrire, à T, D, A. Leur parler du temps, de la maison des autres. Leur parler du temps, présent. Laisser venir à moi les pensées. C’est lundi. Aujourd’hui c’est lundi. C’était hier. Ce que je voulais. Faire. Tu as fait quoi. J’ai regardé. Le dessin. Je le regarde. Encore. Je quitte la chaise. Je vais vers lui. 15h35. Mardi. Une question : décaler par là ? Une question : quel motif tisse P ? Une question : quel mot s’échappe ma fille de l’enclos de tes dents. PUIS LE RECIT COMMENCE est le vrai nom de la réponse. Elle, elle tisse les mots du silence. Et le conteur installe son visage au centre de l’espace. Son visage, son visage contient sa bouche. Par elle, la parole va venir. Et le conteur est là. Et de sa bouche. Ne surgit nulle parole. De sa bouche : des images. Parfois, même, l’astre solaire, les rayons lumineux, de sa bouche, parfois, même, la lumière, sur son visage, on peut alors lire les mots. Parfois Je regarde et j’entends, j’écoute et je vois, parfois, une image par la parole. Par là, oui, je vois la mer et neuf îles, par là, neuf soleils, je vois un soleil éclairer la mer et les îles et je vois le conteur et comment il se casse le cou pour regarder le ciel, pour parler au ciel. Je vois ton visage, face au ciel, et l’image dans le ciel, je vois au dessus de toi la mer fermée, close en ses bords par ta parole, telle coque d’un navire. Il y a deux lignes d’horizon, je les vois. Une, close, par ta parole. L’autre ouverte. Ma seule vue ne sait tout voir et vient t’interrompre. L’autre, au-dessus : l’au-delà de ta parole, par ta parole. Ces raies de lumière, c’est soleil. Tu regardes vers le haut. Tu regardes au plus haut de ce que ton corps peut te permettre de voir. Tu te mets en face du plus haut face à quoi ton corps peut faire face. Avec ça : parole. Avec ça : toute confiance alors t’es donnée. Ici, le téléphone sonne. C’était hier. Un animal est mort. Ils l’enterrent dans le fond du jardin des parents. Phrase inachevée. Chère A, cher D, cher T. Je vais mentir. Je vais rendre les choses plus belles qu’elles ne sont. Je ne vais pas tout dire. Je ne parlerai pas de toi. Je te parlerai, à toi, seule toi seul. Je partirai, sans me retourner. Je mens. J’ai menti. Je vais mentir. Je vais. Me retourner. Sans cesser d’aller. Je vais. Sans savoir où je vais. Il. Me faut lâcher tous les récits anciens. Il. Me faut les relire une fois encore. Il me faut les avoir en moi pour le voyage avenir. 40 années d’entraînement. Le récit commence. A la fin du livre. Ça commence. I, et O, c’est de l’entraînement avant le vrai, vie vraie la vie je la vivrai, un entraînement, à sa venue, un entraînement, pour sa venue. Chère A, tu es venue. Première d’entre les premières. Avant B, avant C. Dans la nuit, tu. Es venue. Dans l’écriture de la nuit. Dans l’écriture. Avec la nuit. Récit de toi. Dans la nuit. Comment tu y chemines. Comment tu y fais lumière. Comment dans ce noir et sans lumière le récit dit ton chemin et demande : et toi ? Tu écris. Tu me fais lire. Je lis. J’écris. Tu lis. Parce que j’écris. Tu me fais lire. Par ce que j’écris. De tu. Je. Lis ce que tu. As écrit. Je t’écris, maintenant. Je te dis mon nom. Maintenant. Je cherche dans les yeux de toi par la voie de mon désir est mon nom véritable. Je cherche tes yeux. Je cherche des yeux. Je cherche dans les yeux. J’entends ta voix. La seule chose que je sache. De toi. L’existence de ta voix. Et je t’écoute, cher D. Je t’écoute et j’aime t’entendre oui j’aime entendre par ce que j’écoute de toi me parlant, oui. Tu me dis c’est une cave, c’est dans une cave que j’ai retrouvé les bouteilles, après trente années d’absence loin d’ici, je suis revenu, l’été dernier, la maison je l’ai retrouvée, aujourd’hui, elle est à l’abandon, et la porte de la cave était ouverte, et les bouteilles étaient toujours là, je les avais embouteillées, avec E, il y a trente ans, avant notre départ, et elles étaient toujours là, je les ai ramenées, tiens, goutte, il en ouvre une, le vin coule dans mon gosier, là, aujourd’hui, cher T, quand donc rentreras-tu de ton voyage, quand rentrerez-vous de votre voyage, qu’y avez-vous vu, B et toi, irez-vous vivre là-bas, cette île, à l’autre bout du monde. Avec toi, j’irai vivre où tu vivras. Abandon qui ne renonce est mon nom désormais. J’ignorai cela de moi est le nom de l’espoir de mon véritable nom. Chère A, cher M, vas-y, plonge, va, fonce, vas-y, prends la mer, ouvre les questions, par les actes ouvre-les, par les actes réponds, vas-y, me dis-je à moi-même, avec toi, T, avec B, avec A, M, A. Ma. Parole. Tremblante. Face à l’inconnu de ton œil.

Résumer. Dire. Comment. T. Soudain conscient de son rôle de maître. Toute la nuit. Songea au voyage que A lui conseillait. Ecoute-moi. Ecoute le chant de celui que je ne suis pas. Ecoute. L’aventure de l’inventif. Ecoute. Comment c’est seul qu’il est de retour. Il est le seul. Il est l’unique. Il est unique. Il est U l’unique. Il est lu chaque nuit. Recommencé. Chaque nuit. Traversé. Par nos voix. Ecoute. La langue ici fourchant dans les mots. Ecoute. Le téléphone ici qui sonne. 16h41. Tu décroches. Bonjour monsieur je suis S V de la société T. Non merci, j’ai tout ce qu’il me faut. Auriez-vous un peu de temps pour me. Non. Merci. Pas. Le temps. Au. Revoir. Merci. Mer. Au. Revoir. Voir. Raccroche. Et langue ayant fourché : de ramener, l’on entendit ranimer. J’étais mort. Tes mots m’ont ranimé, ramené à la vie. Que m’importe le vrai du récit. Puisque tu me parles. Trouvons : comment le ramener. Le père. Afin de ranimer. Le fils. T : bougera de chez lui et prendra la mer en quête de nouvelles de son père, car les yeux le décident. Mais voyons. Parle-moi sans rien dissimuler. Oui. Je vais. Etranger. Te répondre en toute franchise. Celui qu’on dit ton père. Parle-moi. Sans rien dissimuler. C’est l’absent qu’il te faudrait. Ici. Dès le premier soir. C’est une belle absence qu’il te faudrait. Ici. CINQ VERS NE SONT PAS LUS CAR ILS SONT ENTRE PARENTHèSES. Je ferai. Le récit. Des parenthèses. Ce père, toujours absent. Patiente donc encore un an. Puis, donne ta mère à un autre. Chère H, je t’écris pour te dire qu’au huitième vers de O, se trouve l’évocation d’un récit dont la lecture sera proposé dans son intégralité 6104 vers plus loin, et sache que ce serait avec plaisir que je te verrais alors, si ton emploi du temps te permettait de venir, et si l’envie de et si. Tu ne pourras jamais entendre le récit de ma vie pleinement que si tu l’as déjà vécu. Et. ILS PéRIRENT. Ces enfants qui touchèrent aux troupeaux de l’œil d’en haut. Lui, il n’y a pas touché. Lui, il les a entendues, les femmes aux ailes arrachées. O, muse, conte moi. O. A nous aussi, conte un peu. Et le poète parle, et j’écris. Le nouveau livre. Pages vierges. Pages écrites. A la suite de. En écho à. Présent. Là. Les yeux décident qu’il rentrera chez lui. Dans le même temps que les yeux décident que T, son fils. Celui. Dont il est dit qu’il est le père. Prendra la mer pour aller chercher des nouvelles de U, celui qu’on dit son père, et dont il ne sait, s’il est vivant encore ou mort, il veut savoir, il veut le voir, il serait temps, il a vingt ans, T. Il est absent, U, depuis vingt ans, U, il a pris la mer pour aller chercher des nouvelles de qui. Des nouvelles de. Un peuple, coupé en deux. Une part au couchant. Une part au levant. Il y a quoi, entre. Il y a. U, de retour. Pour transmettre à son fils, à celui qu’il dit être son fils. Le voilà, le mensonge majeur. Il y a. L’oubli du sol natal. Il y a. Le retour au sol natal. Et T. Il était là parmi les prétendants, plein de tristesse. Et déjà les lances de U qui tueront dans un an les prétendants sont là. Et, celle de A les rejoint et les touche un temps. 17h30. 17h50. Confiance. En ta parole présente. Je me livre à la confiance. Au nom du passé qui lia ton père à mon père, ma confiance présente est à toi. Et je vais là-dessus te répondre en toute franchise. Je me nomme M, je suis le fils du sage, et je règne à T sur tout un peuple. Pour dire le vrai. Aujourd’hui, j’ai l’âge qu’il avait quand il est parti. Nous serons de retour ensemble. Le même jour. T. U. TU. Terriblement. TU. Lui ressembles, dit A à T. Ma mère dit que je suis bien son fils mais moi je n’en sais rien : l’enfant, tout seul, ne reconnaît son père. U, est de retour pour que tu saches. Celui qu’on dit mon père. L = S. Et le récit commence. Et le temps du récit de ce commencement jusqu’à sa fin dure un an. Encore un an. Patiente donc encore. Un an. Le récit. La patience. Redire. Relire. Comprendre enfin. Faire sien. Sois courageux, pour être glorifié plus tard. Qu’as-tu à faire de ce plus tard. Es-tu en affaire avec lui. A, raviva en lui la pensée de son père. Quand il eut réfléchi, il s’étonna, ayant compris qu’un œil était passé. T, soudain conscient ce son rôle de maître, impose sa parole. A sa mère. Impose sa parole. Aux prétendants. Ils sont 108. L’affaire ne sera pas simple. Va chercher des nouvelles de lui. Va le chercher. Prends conscience de ton rôle de maître. Toute la nuit. Songe au voyage conseillé par A.

Et marche. Lis. Relis. Sors. Parle. De toi. Vivant. Marche. Dans la ville. Ferme. La porte. Sors. Descends. Escaliers. Dehors. Tourne. A gauche. Ligne. Tramway. Encore, à gauche. Descends. La rue. Descend. A droite, ensuite. Avant, la rivière. Est-ce le mot. Rivière. Là longe. Prends maintenant le petit pont, et maintenant marche, sur l’île, artificielle. Longe l’eau, jusqu’au monument. Mémoire des morts. Mémoire de ceux. Résistant. Aujourd’hui. Ecrivait-il. Il dit. Et fait le tour du monument et ne lit pas les noms mais les compte. Ne lit pas les noms mais en cherche un : celui de F. A cet instant de ta vie c’est à F que tu penses et tu cherches le nom de F, le nom d’un de sa famille qui aurait fait partie des cinquante exécutés. Un nom t’arrête. Le seul, à le lire : d’un monde loin de ce monde d’ici. Tu lis, les mots qui disent l’histoire. Tu t’inscris, en mémoire, le plan d’accès pour te rendre au mémorial. Un autre point dans la ville. Tu repenses : à la marche avec M, il y a un mois. Début de marche ensemble puis chacun seul pour la fin. Tu penses à écrire à des écrivains vivants. Tu penses à écrire à des écrivains morts. Cher B, cher P. Je m’arrête à la bibliothèque, je lis les dix premières pages d’un roman publié par C. Je marche dans la ville. Avec eux. En mémoire d’eux. En marche vers. Un. Deux. Avec un d’eux jamais le même. Crois-tu. Je croise le voisin du dessous. Est-ce qu’il me reconnaît. Je passe par la librairie. L’il y a du. 12h27. Mercredi. J’ai faim. 15h27. Et, abstrait, dans le sens étymologique : séparé de moi, tiré hors de moi. Ecrit-elle. La tristesse, c’est, je crois, prendre conscience d’une question et ne pas se sentir capable de la résoudre, ne pas savoir vers quoi se tourner pour sortir de l’interrogation. Et voir cette interrogation se figer, menacer d’être éternelle. Ecrit-elle. Il est deux heures du matin. Soudain. Je me souviens comment je sors, comment il fait froid, comment je sors, fumer, dehors, comment passer, la soirée à parler encore de O, encore de lui, de C, de S, de C, de tous ceux-là dont aucun nom ne répond à ma question. Ecris-tu. J’écris avec toi. Au loin, les sirènes des pompiers. J’ai froid. Je jette un mégot dans une bouche d’égout. Là, il fait plus chaud, tout à coup. Un peu de fumée, de la chaleur s’échappent de la bouche. Comme si un feu brûlait, au fond. Troisième cigarette. Comme si. Une torpeur chaude. Me parvenait de là. Putain. Cette histoire. Combien de morts, là-bas. Guerre de T. Dans la rue, je les entends, je les vois, ivres, ils se tapent dessus. C’est la rue. C’est la nuit. Je réfléchis. Quatrième cigarette. Tout s’enchaîne. Je regarde les gens qui ne sourient pas. Je suis posée. J’ai froid. Je vais rentrer. Je vais parler de P. Je vais parle du fils de P. Je vais parler de toutes ces. Qu’il a baisées. Qui ont voulu. Se le garder. Je rentre. Il est rentré. Je vais le suivre. Le regarder. Ne va pas me. Téléphone. Une voix. 16h00. 19. Mon père. Ça va dit-il. De mieux en mieux. Je sors de la bibliothèque. Je traverse le fleuve. J’arrive au bout de l’île. Je voulais m’arrêter là. Mais non. Rien d’aimable ici qui donne envie. De rester. Je continue. Fatigue. Lassitude. Dans le ciel, une nuée d’oiseaux. Tout là-bas. Des milliers. Leurs masses dans le ciel, leur masse en mouvement dans le ciel, et chaque oiseau je les vois et le flux et les flux, je marche jusqu’au dessous de leur masse en mouvement sans arrêt dans le ciel. Je reste un instant à les regarder. A le regarder. Chacun. Tous. La masse et ses déplacements. Les points que sont chacun, les taches noires se détachant sur ciel bleu et nuit qui gagne. Traverser le fleuve. Retour. Fin du jour. A voir l’île, sur un plan de la ville étalé au sol, à voir l’île, ainsi, comme vue du ciel, à regarder la pointe ouest, on y voit une bouche, une toute petite bouche, tout au bout d’un énorme corps de poisson, sans nageoire.

Et. Quatre lieux. Le monument. Mémoire. Des morts. La bibliothèque. Où lièvre mort. Bibliothèque. Où téléphone. Vibre. Voix de mon père. Et la terre, depuis laquelle regarder. Masse des oiseaux, et chacun d’eux, taches noires, dans ciel encore bleu, juste avec la nuit. Qui vient. Enfin, il y a ce virage, dans le mouvement de retour, en lassitude, en fatigue, là, je croise T. Mais suis incapable de parler. Je donne le change, le minimum, voyons-nous un jour prochain, oui. Là, je ne peux rien. Oui, voyons-nous jeudi. Là. Demain.


Ensuite. [2/12]


2. Dimanche. 14. Mercredi. 31. Ville de N.


Et je ne joue pas. Crois-le bien. Je chante. Quoi que je fasse. Je chante avec B. Je chante avec M. Je chante avec P. Avec G. Chère M, cher P, cher V, je viens vous chanter Brûlant secret. Un chant dont j’ignore les paroles. Vous vous en doutez. Vous en doutez-vous. J’essaye. Le chant. Ecoutez. Le résumé de l’épisode non vécu, à vivre, écrit par un autre. Ecoutez. Comment le désir et la passion enracinés au fond de chaque être peuvent le révéler à lui-même et bouleverser son destin. Fin du résumé. Résumé d’avant. Un oiseau, ivre. Une femme, son sourire. Apprend à vivre. Avec. Embrouillée par ses larmes. Un enfant, malade. Un labyrinthe. Un chemin, toujours. Une lassitude. Un matin tranquille. Comme un grand. Comme un oiseau. Mille oiseaux dans le ciel et les voir chacun. Chercher le refuge. Un rebelle. A deux balles. Sans arme. Refais ton lit. Refais tes rêves. Mets ta robe. Deviens reine. Maintenant, P, reine de I, je te salue, reine de moi raide pendant 20 ans je t’attends je bande encore. Voici mon corps. Vivant. Animé par le seul souffle du chant sans paroles sues. Ça y est, j’ai mon programme : variation bandée sur l’existant. Si tu bandes, je suis. Si j’avais été. Méchant. Mais. Tu as été méchant. Tu. As été méchant. Si. Tu es méchant. Je t’attache. Avec du scotch. Comme ça. Tu m’écoutes. Je t’attache. Si. Tu m'attaches. Comment je continue l’histoire. Avec le corps immobile. Je fais quoi. Laisse-moi la bouche, au moins la bouche. Que je puisse dire encore. De tout le reste, fais ce que tu veux. Je te crève les yeux. Comme ça. Est-ce que ça te va. Comme ça. Est-ce que tu bandes encore. Au centre. Un trou. Au centre. De l’espace. Assis. Trois, dans des fauteuils, ils sont trois, c’est l’heure des retrouvailles, secrètes, interdites. P, U, T, les voilà réunis, ensemble et seuls enfin réunis, ce qu’ils font là tous les trois je te le laisse deviner. Tu crois. Personne ne les voit. Pourtant ils sont à vue. Mais les autres parlent entre eux. Ça les rend aveugle. Pas la peine de me crever les yeux. Eux trois, ils sont ensemble, ensemble et seuls, ça se voit, ils savent ce qu’ils font. Sans parole. Enfin réunissant leurs vies. Dans le silence. Ils savent maintenant. Ceux qui se taisent ensemble savent. La peinture, sèche. Une écriture, sèche. Caresse-moi. J’ai frotté ta peau tendrement au papier de verre. On a tout le temps qu’on veut. Les passés, sont à lire. Les passés, restent à venir. Les passés, sont à écrire. Est-il écrit dans le journal. Je ne pense pas que tu vas continuer comme ça pendant encore très longtemps. Je ne pense pas que je vais m’arrêter maintenant. 19h25. De retour d’un tour dehors. Une photo. Trouvée. Déchirée. Trouvée au sol. Je colle au mur la photo. Déchirée, en trois, trouvée dans la rue derrière la piscine. Dehors, le monde. Sa vie continue. Ça vit oui c’est ça, continue. La maison. Ici. J’appellerai ce lieu maison. Là, j’installerai mon lit. Là, j’installerai mon verbe. Je ne dormirai pas. Ici. Je serai à l’affût des corps, des regards. Animal. Chien. Je convoquerai la pensée. J’appellerai ta venue. Par le récit. De mes jours inventés. Ville. Monde. Une vie. L’autre. A le même dehors que toi. Mais. Ta vie au monde moi j’en vois quoi. Dans ce monde du premier jour. Qu’en voyons-nous. Qui a mis la lumière. Et toi pourquoi. Es-tu là. Comment. Es-tu venu. Quel est ton nom. D’où viens-tu. Quels sont tes parents et ta ville. J’ai traversé le fleuve en pensant à mère à mer amer. And see the sea. La mer, ta vue. Mon œil. Oh toi dehors dis-moi ta vie, montre-toi, que je te vois, parle-moi, que je t’entende. On a du mal à s’y retrouver. Quel est ton nom. D’où viens-tu. Quels sont tes parents et ta ville. Sur quel bateau es-tu venu. Ta. Nécessité. De. Répondre. Vas-y. Parle-moi de. Ta. Nécessité. De. Réponds. Va. Articule. Va. Réarticule. Je. Désarticule. Je. Désarticulerai. Tu. Ne désarticuleras. Rien. Ne. Réarticuleras. Rien. Du pas claudiquant de ton fils, boiteux, grand inventeur de piège, marié à qui tu aurais voulu garder en ta couche à jamais. Alors. A qui je demande. Dans la ville. A qui je demande. Marche. Dans la ville. Marche. Vers le premier regard bleu que je vois. A lui, je demande. Je ne rentrerai que lorsque j’aurai la réponse, tu penses bien que ça prend vingt ans minimum. Et. Selon. Le point de départ de ta marche. La ville La couleur des regards. Ton voyage. Attention. Ce que te disent les livres. Des yeux. A. Tension. Vers. Les yeux. De l’auteur de tes jours où le livre prend racine. Entends-tu le bruit du vent dans le feuillage, couleur jaune, automne, où ont-ils mis le soleil. Qui ça : ils. Ne désarticule. Rien. de l’interprétation des vies antérieures à la tienne et des voies justes menant à comment poursuivre cette phrase. Variations et suites. Lui, on peut lui faire confiance. Pourquoi tu dis ça. Tu penses que je mens. A quel récit tu fais confiance. U, tu crois qu’il dit vrai à quelle page. Ma confiance n’exige en rien de toi que tu me dises le vrai. Ainsi je te dirai mon amour. Et moi, si je te raconte, et moi, si je te dis, et moi, si je prends la mer est-ce que tu me crois. Moi, je suis ta, appelle-moi A, je suis ta, première, la, première, je suis le récit de ta, je suis le récit de toi, le récit d’avant toi, je connais ce lieu, d’avant toi, duquel tu déchiras crâne de papa, il était le dernier, tu avais remarqué. Il y aura toujours des absents. Des heures manquantes. Il y aura toujours 108 prétendants. Il y aura toujours vivants et morts et moi seul je devrais leur parler comme te parlant à toi, seule toi seul, première premier, je serai le dernier. Je suis le dernier. J’invente la disparition. L’apparition. Je serai M de la cuisse de J. Je suis M du crâne de R. Moi tête-pensée. Moi tête-chair. Et la vie, tout autre. Selon que ton point de départ est une cuisse ou un crâne. Ici, je bâtirai une ville, tout autre. Une ville-pensée. Une ville-chair. Il ne faut pas tout dévoiler. On a tous des idées floues, on a tous des idées claires. J’écrirai. L’histoire. Afin de lui tracer une ligne claire. Le début. Moi, je trouve ça très bien. Ça permet de reprendre. Là, ça permet de faire unité. L’écriture, qui désunifie. B. Tu vois tout autrement la ville, selon que tu pars de B, de N, ou de H. Je te conseille d’entrer au service de C. C’est quoi cette histoire de couilles coupées. Il lui arrache les couilles et crée l’espace temps c’est quoi cette histoire. Avoir du mal à établir une chronologie. Dans ce qui se passe. Dans ce qui passe et dans quoi vient. Allez viens. Temps. 1. Dans. Le silence. Temps. 2. Convocation. Du peuple. Le. Peuple. Est réuni. Et chacun prend tour à tour la parole et tout le temps nécessaire est pris par chacun pour dire ce qu’il sait de certaines connaissances relatives à la généalogie du monde et des yeux.

Ce ne sont pas des mots. Mais des traits. Ce sont des flèches. Elles sont flèches pour atteindre le but, pour voler dans les airs et attendre le but. Non pour tuer. Ils sont cinq. Ils transmettent la parole. Ils transmettent les mots de toi parlant au nom de qui te souffle les mots à réinventer. Ils sont cinq. De chacun s’échappe trois paroles. Sauf d’un. De lui, ne s’en échappe qu’une. Les mots, je ne les comprends pas comme des mots. Ce qu’ils disent, je l’entends par ce que je vois. C’est une place, au centre. C’est un mouvement, vers le centre. Un mouvement, depuis le centre. C’est un quadrillage où chaque intersection de lignes est un lieu pour être, c’est un soleil blanc, c’est un trou blanc, oui, ce sont les rayons d’une roue, d’un astre, c’est un tourbillon, une spirale, une hypnose, une boule de fils noirs dans le creux de la main -où sont les trous de mes chaussettes ? -, ce sont des choix tristes sans nuance ni invention, c’est : mon père qui m’apprend comme dire SOS en morse, c’est la guerre, de l’autre côté de la mer, c’est il y a 40 ans, 50 ans, c’est aujourd’hui, parole déchirée, traits verticaux, hachurant, c’est une boule, lumineuse, pour une fête joyeuse, ce sont des miradors, ce sont des lignes calmes, muettes, et tu ne sais là si elles disent ou si toi tu dois dire, maintenant, c’est une parole blanche sans mot mais pas le silence, c’est une histoire infinie et fermée sur elle même répétant, l’infini, c’est la passation de la parole, c’est à ouvrir, c’est à toi. Chère M, cher P, cher G. c’est mercredi aujourd’hui. C’est vacances dans le pays. On fête les morts. Mémoires. On fleurit les tombes. Mercredi. C’était hier. Une carte postale de T dans la boîte aux lettres. Quelques mots, une image. Un animal. Un crocodile gueule ouverte. Il y a des gens méchants là-bas. Sur l’île. A l’autre bout du monde. Sourires. Et les cloches des morts sonnent. 10h48. Aujourd’hui c’est jeudi. Aujourd’hui, le jour des morts. Mémoire. Chère M, je suis passé hier devant l’hôtel de P où tu as travaillé quelques semaines, ici, ville de N, après la mort de ta mère, là-bas. Les travaux continuent. Le bâtiment pousse. Les travaux en fin de journée s’achèvent, éclairés par de puissants projecteurs. C’est assez beau. C’est assez beau les arbres et la lumière, c’était hier, les feuilles jaunes, ma surprise, au moment de sortir, comme il fait doux. Quel drôle de chose que de construire des maisons où des autres vont vivre. Quel drôle de chose. Que d’écrire des mots que les autres. Chère M, cher G, vous êtes vous rencontrés, finalement. Non, je ne crois pas. Bâtisseurs. Non bâtisseurs. Guerriers. J’inventerai la phrase à la hauteur du combat pour cette paix gardant mémoire, chantant la guerre qui ne fut de haine, non, mais bien bataille pour rester debout et chacun fier, et vivant, et conscient, au mieux. Pour le pire, est-il besoin de dire. Chacun l’éprouve. Cher P, je vois une école où je ne suis pas allé, je vois une école où je suis allé et où je n’ai rien retenu, je vois un maître absent qui n’a pas fait le voyage pour nous délivrer sa parole, et je me vois devoir parler à sa place, et je te vois devoir parler à sa place. Je ne tremblerai pas. Je ne tenterai pas. L’impossible de dire à sa place. Je prendrais le trône, oui. Mais je parlerai depuis le seul peu que je sais. Sachant sans réserve ceci : ce peu là est un monde dont je puis être fier, un monde qui croît à mesure que je l’explore et le comprends et l’invente sans comprendre quoi j’invente d’encore non exploré. Voilà, c’est cela que je voulais te dire. Aujourd’hui. Jeudi. Jours des morts. Hier. Vivant. Traversant la rivière. Sur le pont une plaque, encore une. Découvrir ta ville. Chaque jour. La ville où tu vis. Les plaques. Mémoire des guerres, un peu partout. La ville en est pleine. Tous les noms le disent. J’efface les noms. Je ne dirai rien. Avec les noms. Sans eux, je ferai le récit. La dite première guerre mondiale. Naissance du monde par la guerre, à l’échelle de son espace. 70ème anniversaire de l’entrée en guerre de. 1917. 1987. Bataille de. Elle a donné son nom au pont sur lequel tous les jours tu marches pour aller. Septembre 1918. 11 novembre 1987. Et me voilà encore une fois tourné tout vers le passé. Mémoire inscrite, dans les pierres. Ici, vécut et mourut machin. Ici, téléphone vibre. Réponse de S. Se voir vendredi. Présent. Futur. Continuer la marche. Longer la rivière. Continuer sans elle. Mémoire. 7Oème. Anniversaire. 1900. 37. 2000. 07. Mon père. Des panneaux. Un accès. Un plateau. Une place. Un plateau. Un théâtre. Les hauts plateaux. L’espace naturel. L’oiseau dans le ciel qui plane et sa proie au sol dans les herbes hautes. Cet été. A droite, deux escaliers, côte à côte. L’ancien, et le nouveau. Une palissade les sépare. Traverser l’axe tracé par la voie double des tramways. Deux passerelles, en face. Et à droite, la tour. Cela fait 10 ans que l’on accède plus au haut de la tour. Trop dangereux. Et ça vous fait quoi, 10 années sans danger. Ça me fait quoi. De vivre sans danger. Et toi tu vis quoi. 19h39. Il est marrant ce monsieur, dit l’enfant. Je souris à l’enfant. Je le regarde. Il me regarde. Il mange. La salle est dans mon dos. Les fenêtres donnant sur la rue sont devant moi. Restaurant. Seul. Hier soir, avec F et I. Manger. Lire. Boire. Ici. Après deux heures et demi de marche dans la ville.

Résumé. Lorsque parut la fille du matin, l’aube au dos rose. Je sors de ma chambre. On aurait dit un œil. Quand je quitte ma chambre, je ne suis qu’un œil. Je vais aller faire un tour dans les cités voisines m’enquérir de savoir si mon père est vivant ou mort et si certains de ces amis sauront m’en parler. Deux agiles chiens le suivaient. Le peuple l’admirait. Il prit le trône de son père. Il y avait là un vieux qui en savait long. Et cela sans parler du devant des visages, brouillé. Un brouillard. Un brouillage. Des silhouettes. Des ombres. Des profils. Un joli visage, et ses cheveux, une longue mèche qui remonte jusqu’en ta bouche. Ces visages qui parlent ont des corps qui ne sont des corps que par ta parole. Et le vieux qui en sait long sait-il que son fils est mort. Ou bien le récit nous le dit-il sans que lui pourtant bien présent ici dans le récit ne le sache. Cette proximité, entre un être, et une phrase. Et l’accès de l’un, à l’autre. Et le non accès. Deux escaliers. Un plateau. Et le pied frappant le rythme pendant la lecture. Tu te souviens. Tu peux, aujourd’hui. Téléphone sonne. Il n’y a de l’intime ici que ce que j’en dis. Trois heures plus tard. Tu peux, aujourd’hui : poursuivre la phrase laissée en suspend il y a dix ans. Ce que je lis, je ne l’entends pas. J’entends : ce que tu lis. J’entends, ce : que lis-tu. Mon père est mort. Mon père est absent, vivant ou mort. Mon père, toujours absent. Enfant. Celui qui ne parle pas. Cela. Qui se passe n’est plus tolérable. Alors, tu prends, et poses la parole. Tu dis. Que tu aies peur de ton père, d’accord, mais pas des autres. REGARDE-LES. Ils sont 108. Comment je fais. Prends ton temps. Trouve-le. Deux ans. Trois ans. Un an. Huit ans. Une femme qui savait tout nous renseigna. Alors il fallut bien finir, mais par contrainte. Un linceul, pour la mort du père de l’absent. Et l’œil, fixant ces têtes, semblait augurer la mort. POURQUOI JE N’AI PAS LE MEME NOM QUE TOI. Je suis désolé, n’arrête pas de répéter l’enfant dans les bras de sa mère. Eh ! J’ai vu un gros chien. Dit l’enfant. VENEZ VOIR. IL Y A UN GROS CHIEN. L’enfant marche vers le gros chien. Je veux. Aller. Pour. M’informer de mon père. Soit que quelqu’un m’en parle. Ou simplement la renommée. Je patienterai un an encore. Dans un an le récit dira sa fin. Et la vie alors pourra durer. TU RéPèTES LES PAROLES DE L’ŒIL. Et le peuple, où est le peuple. Le ventre d’un peuple. Une femme : accoucha de tout un peuple. Quel est son nom. C’est vous autre, le peuple. C’est nous autres. Bien plus nombreux que vous les 108. Je leur ai dit : partez. Et je partirai, moi. Pour aller chercher de ces nouvelles, à celui-là qui les fera partir ET COMMENT. Eux. Les 108. Vous. Nous. Les héritiers de l’autorité. Ce voyage ne restera pas sans fruit. Tu l’entends. Tu l’entends prédire la fin d’un récit qu’il écrit lui-même. Eh bien, comprends-tu. Parmi le peuple, je choisirai des volontaires. Le cœur plein de tristesse. Prétentieux prétendants apprêtant le repas. Te souviens-tu. M en tête. Vivement dimanche. Un film en noir et blanc. Pourquoi. Petit enfant. Ton père est mort au loin. Allons, nourrice, rassure-moi. Rassure-toi, petit enfant. Ce projet n’est pas né sans les yeux. MONPETILOULOU. La ville. Chacun. C’est la ville, le peuple. Un bateau. Des compagnons. Ne retardons pas le départ davantage. Amis. Ma mère ne sait rien. ni les femmes. Une seule est au courant. Petit enfant. Tolets. Etais. Drisses. Coursie. Etrave. Agrès. Et le vaisseau cingla toute la nuit jusque dans l’aube.

Résumé. Porte. Couloir. Porte. Escalier. Hall. Rue. Nouvelle rue. Pont. Bord de rivière. Soleil. Feuilles des arbres, automne. Lumière. Couleurs. Pont. Plaque mémoire guerre. Deux escaliers. Côte à côte. Une tour. Un danger. Deux livres d’occasion. Pensée vers A, ville de L. Pensée vers F, hier soir. Marcher tranquille, dans la ville, sans rien chercher, menteur, traqueur, non traqueur, regarder, attentif, à chacun, guetteur, non guetteur, venue, du grand bonheur, grand amour. Bibliothèque. Lièvre mort. Sortir. Marcher. Avoir faim. Restaurant central, baie vitrée, vue sur trafic, un carrefour, restaurant vide, salle immense, aller ailleurs. Passer devant le cinéma, devant la cathédrale, devant le bar que tu aimes, complet, un concert. Restaurant à côté. Manger seul. Boire. Lire. Rentrer. Les lieux. La ville. Le pont. La plaque. La mémoire. La guerre. Le rendez-vous. A venir. Avec S. La bibliothèque. La poursuite de. La lecture du. Livre. Lièvre. Mort. Seul.

Ensuite. [3/12]


3. Dimanche. 14. Jeudi. 1. Ville de N.


Et je demande qui. A écrit. Tous ces livres. Tous ces livres auxquels chacun tourne ici le dos à l’instant de prendre la parole. Qui. A écrit. Tous ces livres. Qu’il s’avance. Là. Celui qui. Je veux le voir. Je le jure. Je ne demande rien d’autre. Je jure. Ne demanderai rien d’autre. Je jure que c’est cela seul que je veux savoir. Cela seul que je demande. Le voir. Cet œil qui entend, je veux le voir. Il y a. Cet homme, là. Je veux savoir le très peu qu’il sait sur les raisons de ma présence en ce lieu. ça se voit, il sait peu. ça s’entend, à son silence, le peu qu’il sait de moi. Je lui demande. Et face à toi, si je viens guetter dans le dire des hommes qui m’entourent un écho à l’image brûlée d’avoir été mise face à ton œil, c’est pour la reconnaître, intact, l’image brûlée, avant le feu. Et. face à toi. Attention, petit, C n’est pas C. Un cœur n’est pas un chœur. Un corps, est face à la multitude. Toujours. Effaça la quoi ? H. Le temps. 20h05. Jeudi. Jour des morts. Premier rhum arrangé. Repas avec les amis. Ce sont eux, les amis, ici. T, G, L, M, S. Aujourd’hui. Le messager des yeux s’est senti redevenir un enfant. Le lien ne se fait jamais : que PAR LA CONCORDANCE DES TEMPS. Tu ne voulais pas jouer la fiction. Non. Je ne voulais pas jouer la fiction. P, joue pour toi la fiction. Oui. Cet autre, ce corps, autre de toi, joue la fiction du sommeil pour toi, s’allongeant sur ce lit, installé par toi, et dans lequel tu ne dormiras pas. Tu as créé un leurre. Ce lit. Tu refuses la fiction installée par toi. Tu crée le leurre, d’un décor qui ne servira pas, à ce qu’il annonce. Un des corps. Oui. Le leur. Ces corps, ce sont les leurs. Le mien. Ce lit. Un corps allongé. A la vue des autres. Ecrire. A vue. Dormir. A vue. Vivre. A vue. C, elle lit, C, elle dit bonjour, C, elle dit bonjour trois fois. Et la femme à la caméra filme le lit vide. Est-ce qu’elle dit bonjour en filmant. Jour des morts. Avec P. Le lit avec P, le lit sans P, le lit réel. C’est de la fiction. Le lit vide la fiction. Retour. C’est premier soir. Et toi, d’où tu viens. D’ou viens-tu. Quel est ton nom. Quels sont tes parents et ta ville. J’entends. C. Elle dit : à suivre. Elle dit : résumé. Episode, précédent. Résumé. Episode présent. Résumez, résumez. Il en restera toujours quelques tours. Je lis. Et toi, d’où tu viens. Moi, je viens des yeux. Il m’a fallu passer au travers d’eux, j’étais derrière, dedans, je ne voyais rien. Les yeux : leur véritable nom : par eux le désir de l’homme. Vois là les mots. 23h52. Voilà le temps. 20h30. De. Nous. Avons les moyens techniques pour lutter contre les yeux. Et vous. Allez pouvoir me croire. Elle dit. Branche un micro. Branche-moi un micro. Branche-moi un micro dans le corps. Fais-moi entrer les machines dans le corps. Elle dit. Et sa voix faible envahit l’espace. Les yeux. Sont cachés dans les gaines plastiques isolantes. Dans le flux. Le voilà ton nouvel œil. As-tu les moyens techniques pour réinventer, pour inventer, pour maîtriser, ton nouvel œil. As-tu un corps en capacité d’être traversé par ton nouvel œil. Nous avons créé de nouveaux yeux pour tuer les yeux anciens. Permanence de l’œil. Dit C. Nous n’avons pas bougé, je confirme. Dit C. Dit G. Nous n’avons pas assez chanté, jamais, nous ne chanterons assez. Tu entends. Là-bas. Ton nom. Quelqu’un t’appelle. Par ton nom. Etre nommé, par ton nom. Etre nommé, par la chose que tu nommes. Tu ne seras pas G, pour moi, tu seras la terre. Je te nommerai terre, avec toi je prendrai la parole, terre, à toi, je parlerai. Avec toi. Avec P. J’appellerai mon père au secours. Je lui réclamerai la vengeance. Eh, father, venge-moi, papa P : exécute la commande, et, pauvre U, pauvre you, pauvre toi, sans toit pendant dix ans sur la mer, salaud creveur d’œil de fils de P papa P. Résumé. Résumé de l’épisode précédent. Chaque œil est maintenant vu et montré comme une figure de l’inconscient. J’accueille. Chaque figure comme un œil ouvert sur l’inconscient. Résumé. Des épisodes précédents. Nos corps sont présents. Nos voix lisent. Disent. Repartent. En mer. Lecture de la mer. Le secret de U, c’est la lecture de. La mer. Elle est où. La maison. Le voilà le secret de la mer. Le récit de la mer. Elle est où la maison. Qui l’a bâtie. Nous sommes dedans. Le monde autour. Nous faisons dans la maison le récit du monde autour. Y sommes-nous jamais allés. Vas-y, lis, vas-y nage. La discussion, ce sera plus tard. Parole. Dite. Parole. Lue. Parole. Ouvre et attend parole en retour. Parole attend. L’écoute. Parole demande. Silence. Parole impose. Parole entend. Parole pour. Entendre. Parole pour. Parole. Donne. Parole. A. La parole. A. Entendre. Parole. Pendant laquelle. Taire. Accoster. Cesser. Paraître. Entendre. Une parole. A taire. Et rien entendre. De tout. Et n’entendre rien du tout. Il retourna. La vraie vie c’était quand. Entendre. Un son. Etait possible encore. Un son. Que personne jamais n’avait entendu. Sur terre. Oh my son, my sun, on the sea, oui je vois. Il chanta la beauté de cela qu’il avait inventé. Oseras-tu chanter la beauté à la face de C. Quand les loups. Ne se comportent pas comme des loups. Les hommes. Sont changés en porc. Cesser. De paraître. Autre que ce que. Vous êtes. Nous. Sommes. Revenez quand vous serez. Vivre, et penser comme des porcs. Une femme raconte à vingt corps allongés ton histoire. Une femme raconte l’histoire d’un homme. Il aimait sa mère au point de lui faire un enfant. Toute la beauté de ces femmes. Est demeurée dans leur voix. Qui sont-elles. Dans leur voix, il y a le récit de ta vie et tu veux la rejoindre. Dans ce pays en temps de paix : la sirène de la ville ne sonne qu’une fois par mois. L’avion qui décolle tout à l’heure, dans le ciel brumeux. L’avion. Une ombre dans la brume. Dans ce pays où la guerre souterraine que chacun subit sans la nommer a pour nom vas-y nomme-la, le chant de la sirène n’envahit la ville qu’une fois par mois. Bonne nuit. Les petits. Il est midi. U, lui, est le seul à avoir entendu leur voix. Avec O. Il a joué de la lyre, celui-là. Vérifier. Origine de la concurrence. Pour ne pas crever. O. Les sirènes. Chercher. Doux comme une femme. U, lui, il entend, il veut entendre. U, lui, il entend. Il se fait attacher. Il veut entendre ou il veut se faire attacher. Il veut les deux. Il veut tout. Il est comme ça, U.

Le conteur est celui qui écoute. Avec ça, tout est dit. Bonne nuit. 13h54. Vendredi. Faire une sieste. Samedi. 8h56. Est-ce que la parole est sombre. Je ne vois pas les yeux. Je vois une matière alimentant mon cœur et s’écoulant de ton crâne par l’oreille. Je dévide la pelote. De tes pensées. Ça te sort par l’oreille. Un fil qui s’épaissit, je le tiens entre mes dents. Il m’entre dedans. C’est lui qui fait mon cœur. Si je desserre l’étau des dents. Est-ce que tout te revient. Et mon cœur, alors. Est-ce qu’il devient tien. Je n’en ai plus. Est-ce qu’il me reste mais seul. Je desserre l’étau de mes dents. Je garde mon cœur. Oh non donne le moi. Il y a un fil de parole. De toi à moi. Il dit l’espace entre. Ce qui de toi sortait du corps et pénétrait jusqu’au cœur du mien, est désormais entre nous. Détaché. Et. Notre bien commun. Cher G, ton sourire à ma droite, le premier soir que je te vois. A ma gauche te souviens-tu de la jeune femme, jeune fille. C’est un soir où je vous laisse. Racontez-moi. Racontez-moi. C’était comment, lorsque je n’étais pas là. Comment c’était, là, où toi tu fus, là où tu vécus. Je te revois. Tu reviens. Assieds-toi. Tu dois être fatigué. Laisse-moi croire que tu n’es pas une ombre. Assieds-toi. Buvons un verre, toi et moi. Et que le soir nous caresse. Merci. Merci d’être venu. Comment te quitter, maintenant. Cher S. Des pensées souvent vers ce secret que tu m ‘as dit. Et dans lequel j’ai cru reconnaître la personne dont tu me parlais. Je l’ai reconnu. Je la connais. Aujourd’hui, face à elle je sais d’elle une chose qu’elle ignore que je sais. Je vais lui dire. Je vais t’en parler avant. Je vais rompre le secret. Pour moi, face à elle. Je te le dis, aussi. Pensées vives vers toi. Comment vas-tu. Il n’habite plus la ville de N. Je t’écris, pour avoir de tes nouvelles. Cher L, j’ai bien reçu ton mail. Grand plaisir à l’idée de se voir avec I et toi pour travailler à l’inconnu de la forme de ce film. Je vois des plans très lents autour de la maison. Je vois la pierre des murs, filmés de l’extérieur. Je vois l’entrée de l‘usine. Je vois les papiers de la boucherie. J’imagine un film très silencieux, à l’écoute des sons du réel, et la parole de M et le bruit de 68 et la musique de I comme des temps qui viennent déranger ce silence, ce calme, ce trop calme. Il y a un paradis. Un âge. Et c’est un rêve. Le réel est dans la profusion. Chaque vie comme un trait qui chaque jour se prolonge, continu, ténu, tenace, au sein de cette profusion agitée dans laquelle. Cher S, cher L, c’est bien heureux de vous connaître, et plaisir de penser à vous. Et plaisir à la pensée de se revoir. Cher G, souvenir de votre voix. De votre regard. De votre attention. Et de ces mots que vous nous lisez sur une feuille sortie d’un cartable, la dernière nuit. Pour cela merci. Je vous parlerai, un autre jour, de la cour de l’école et du préau principal à gauche et de l’autre à droite et des trous dans le sol, cratères pour nos jeux de billes. Si jamais nous nous revoyons. Si jamais vous lisez ces mots.

Jeudi. Avant-hier. Faire le résumé de ce qui va se passer après. Tous les jours, ça se répète, et pourtant, quelque chose avance. On le sait. Le dire. On sait le dire. Ne pas. Dire les choses. Les faire. Ne pas faire commentaire. Ne parler que de ce qui a lieu. Ne pas dire tout de ce que tu penses. Combattre la négation. Une rivière. Deux canards. Marche au bord de l’eau en direction du nord. Il y a des maisons, sur l’eau. Des péniches. Il y a des familles en promenades. Jour des morts. Au bord de l’eau. Les vivants marchent. Il y a 9 x 150 = 1350 hommes, face à 9 taureaux. Quelle terre cache ton père. Tu veux savoir. Quel fut son destin. Tu veux savoir. Quels pensers se cachent dans son âme. Tu ne mentiras pas, cette fois. Pourtant, je ne sais pas encore user de paroles prudentes. Ne t’inquiète pas. Petit homme. Les pensées que tu n’auras pas trouver seul, quelqu’œil te les soufflera. Je. Il. Ne prononça pas une prière différente. Sa fin nous demeure obscure. Préciser. Où il est mort. Préciser. L’espoir que tu me parles de sa triste fin. Conte-moi tout. Dans le détail. Quoi que tu aies pu voir. Souviens-t’en aujourd’hui, pour moi, et dis-moi la vérité. Les grands noms des grands morts de la grande guerre. Menée là-bas. Les petits noms. Les petits morts. Petite guerre. Ici, tout proche. Pas la peine d’aller à l’autre bout du monde chère-cher, toi, pour chercher quoi. Petit-déjeuner. Pause. 9h58. On n’a jamais réussi à tuer son successeur. Concordance des temps. Réplique. Un tremblement de terre. Esquisse pour une auto-analyse. Ton père, s’il est bien vrai que tu sois son enfant. Le temps du passé excèdera toujours le temps du récit. Tu m’excèdes. Tu. A la toute fin. Tu. Ne me seras plus redevable de rien. Ne nourris en ton cœur nul espoir de voir ce temps arriver avant la toute fin. Ne nourris en ton cœur nul espoir de voir ce temps arriver. Mais crois bien qu’il arrivera. Que ta vie en soit la preuve. Et qu’à l’instant d’après l’instant de ta mort ne vienne que la confirmation. Et. Pas pour toi. Ta vie pour toi. Ta mort pour qui. Ta vie. Que ta mort soit fière de ta vie. Immortel, non. Eternel, oui. Il dit. M, et A, sont encore à T. M prend la mer, sans dresser les hécatombes. A dresse les hécatombes. U prend la mer avec M. U s’en retourne et rejoint A. C’est N qui le dit. N, lui, resté avec M. Les survivants. Rentrés chez eux. Les noms des survivants. Le récit de la trahison doublée de meurtre, et de la vengeance par le fils, tandis que l’oncle, sept années s’étant écoulé, depuis la fin de la guerre, est de retour sur sa terre, enfin, et apprend la trahison doublée de meurtre, et la vengeance par son neveu. Raconte N. Sois courageux, pour être glorifié plus tard. T, le fils, demande un pouvoir pour chasser, pour châtier, les affreux. U, le père, il reviendra pour ça, l’exercer, ce pouvoir, et le passer, le donner, le transmettre, l’exercer, une dernière fois, châtiant les affreux, son fils, à ses côtés. Dans l’autre maison c’est seul que le fils châtiera, puisque le père est mort. Là, c’est la femme fidèle. Dit-on. Aucun crime n’a été commis. Si ce n’est celui d’avoir voulu, d’avoir désiré. C’est cela, le crime des prétendants. Ils seront châtiés d’avoir désiré. Dans l’autre maison, ce n’est pas 108 morts (moins les deux ou trois épargnés) mais deux, seulement. Le meurtrier du père. Et la mère adultère. T, le fils. O, le fils. La concurrence de deux récits. Vivre l’heure du retour. En vérité, il ne rentrera plus. Le grand âge. U, il est aussi sage que s’il était cent huit fois plus vieux que lui-même. Dit-on. Il a tant dilaté le temps. Sur la mer. Sur ce point, je te dirai toute la vérité. A, c’est la sœur de P. Ah, le voilà, le récit du meurtre. N’oublie pas : sans E, jamais O n’aurait tué A. Seul, il ne l’aurait jamais fait. Sans sa sœur, jamais il n’aurait. Il fut le bras, mais c’est ensemble qu’ils ont tué. Ainsi, enfant, n’erre pas trop longtemps loin de chez toi. Sept ans. Huitième année. Tout récemment. Il ne mentira pas. Le soleil se coucha, le crépuscule vint. Détachons. Les langues. Mélangez. Le vin. Accueillons tous les étrangers, quels qu’ils soient. Un an. Un vin. Très doux. Vieux de onze ans. Une vache. D’un an. Le dernier. De ses fils. A n’être pas encore marié. C’est moi. La fille du matin. L’aube au doigts roses. L’un s’avança, et frappa. L’autre égorgea. Entre-temps, la belle P baignait T, et c’était la plus jeune entre les filles de N. Puis les deux jeunes princes montent sur le char. Prennent les rênes en main. Font claquer le fouet. Le soleil se coucha. L’ombre envahissait les rues. Je répète. Le soleil se coucha. L’ombre envahissait les rues.

Direction le nord. Nuit tombante. Bientôt le noir. Vous avez la carte du magasin ? Non. Je longe le cours d’eau. Je tourne à droite. Le mémorial, c’est plus haut. Je marche vers lui. Je guette les panneaux. Je lis les plans de la ville. Aucune trace du mémorial. Le stade de la ville de N. Une masse obscure dans la nuit tombée. Un tramway. Direction centre. Errance dans les rues. Tel un clochard. Ecrit-elle. Lire dans les bibliothèques. Départ dans six minutes. Lire dans les tramways. C’est bien, le tramway, c’est chaud. C’est chauffé les lieux publics sont chauffés, tu y croises certains autres, frères en errance autre. Fin de journée, avaler les alcools fort, achever le jour. Ça y est, le voilà mort. Le prochain vivant peut venir. Qui es-tu. Attendre les amis au comptoir. Manger avec eux, ce soir. Boire un dernier verre chez L et M.

Des lieux. Une ville. Un bar. Un restaurant. Une maison. Des amis. Un vélo.

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4. Dimanche. 14. Vendredi. 2. Ville de N.


Et n’arrête pas. S’il te plaît. Ne nous arrêtons pas. S’il nous plaît. Laissons-nous arrêter. Mais. Ne touchons pas aux animaux. Un animal. Une ouverture. Une ouverture pour la pensée. Dans ce qui se tait, dans ce qui se crie. Et le regard. Ne parle pas. Elle me regarde. Mais ne parle pas. Oh, parle-moi. Raconte-moi. Raconte. Comment ils ont touché aux animaux. N’en parle pas. Regarde. Ils ont touché. Les troupeaux des yeux. Le corps mortel des yeux. Les animaux. Ils ont mangé. Les animaux morts. Ils ont inscrit dans leurs chairs la mort des corps. Ils ont. Tissé. Maillage. Secret. De leurs noms, et par la mort donnée au corps des yeux immortels. Ils ont entremêlé leurs noms. Ils ont commencé le récit de la mort des yeux. MAIS SANS Y CROIRE. Quelle est. Cette communauté de femmes et d’hommes. Ils contre nous. Quel. Est cet île. J’y vais. J’y suis. Quel. Est ce récit. Gentil méchant récif, je te lis, te vis, je te parle. Présent passé. Je te parle de vivre. Te parle de voir. Oui. Par. Le. Devoir. J’en meurs. Ça veut dire vivre. Tu ne le sais qu’à la fin. Tu l’as toujours su. Tu ne sauras le lire qu’à la fin. A la toute fin de la nuit. En attendant, tu tiens. La lecture. Mais pour qui. Pour qui lis-tu quand l’étranger n’est pas face à toi. Pour qui lis-tu quand l’étranger en toi ne sait pas lire. Tous les moyens sont bons. Pour ne pas rentrer chez toi. Tous les moyens sont bons. Pour ne pas rester chez toi. La pupille. De l’œil. Un caillou. Résumé. Des épisodes précédents. Résumé. Elle veut lire. Il veut parler. H a soif. Elle. A la langue bien pendue. Elle. Est pendue par les pieds. Vérifier. Chercher. Inventer. Il y a des trous dans l’histoire. Là, tu cherches, là tu inventes. Tu cherches en toi, tu cherches dans les livres. Tu cherches en toi dans les yeux de chacun la muse inédite. Veux-tu bien. Cette nuit. Fille de là. Veux-tu bien. Garder mémoire. De cette nuit. En ton corps. Maillage secret. De nos deux noms. Ecoute. Veux-tu bien. Je vais. Nommer les corps du monde pour sa venue. Ecoute. Né d’une parole secrète. Et régissant mon corps. Moi. ignorANT le désir de création. Puissance des yeux. Mouvement. Attirant. Aimant. Cette pierre, tu la connais. Cette pierre. Attire les anneaux en fer. Cette pierre. Fait passer en ces anneaux. Une force qui leur donne le pouvoir. Pouvoir. Pouvoir. D’exercer à leur tour. Le même pouvoir. Pouvoir. Que la pierre. Cette pierre, à laquelle ils sont suspendus, tous. De cette pierre. Dépend la force. En chacun d’eux. Et toi. Toi seule. Corps vrai d’une image inspirée par mon œil seul. Toi et moi nous créons la mémoire. Nous sommes la mémoire. Pour. Les hommes. A venir. Nous sommes les gardiens du silence. Pour cette raison notre parole est garante. De mémoire. Toi et moi nous ferons connaître les événements passés. Nos yeux brûlerons nos yeux et nous reviendrons de l’origine. Nous sommes les derniers héros sur terre. Parole vérité. Poème nous sommes. Mémoire. De nos corps. Je veux dire : par nos corps. Posant nos corps. Les ancrant. Les trempant dans l’encre là de ce qui est, sera, fut. Tout un raffut. Nous sommes. Le bordel. Le bordel de mémoire de corps ouverts, impatients et lents. Nous sommes. Gages de vérité. Nous sommes, directs, parfaits, vulnérables, arrogants, nous sommes, l’événement, le récit qui vient, l’autopsie de la mémoire et sa préfiguration. Nous sommes l’image d’avant saluant ce qui vient. Nous sommes à l’écoute, fatigués, heureux, inquiets, nous sommes la voix de ce qui surgit. Nous nous déployons dans vos corps. Nous caressons vos mains. Nous sommes tendres et à l’écart. Nous sommes l’écho de la voix qui sait quand elle est celle qui voit. Nous sommes à vue. Nous disons oui. Nous sommes le lien entre le visible et l’invisible. Nous sommes la demeure, le chemin. Nous sommes la parole, le silence, la mort. Nous sommes le désir, la lutte contre, la force d’oubli. Nous sommes, les représentants du peuple. Nous sommes les sirènes hurlant en temps dits de paix. Nous sommes les figures violentes, effacées aux frontons des bâtiments ravalés. Nous sommes ce qui advient sur la terre féconde. Nous sommes la perte et la perte et la dépense, nous sommes l’abandon. Nous sommes remarquables. Nous sommes la suite. Nous sommes le chant des espaces derniers avant la fin de tout. Nous sommes grotesques, honteux, déchus, réfugiés, et fiers, et attirant, et navigant. Nous chantons la promesse qui n ‘attend pas d’être tenue. Nous savons. Nous donnons. Nous pouvons. Nous connaissons. Nous avançons. Nous venons. Nous résistons. Nous mourons. Nous désirons. Nous refusons. Nous oublions. Nous allons. Nous présentons. Nous sommes immenses. Voilà. J’ai fini. Je reviendrai demain. Refusant l’oubli de soi + abandon sur désir multiplié par allant = présent. Si j’ai dit je sais, c’est une erreur. Je m’excuse. C’était dans l’emballement. Tout le reste : est vrai. Même si j’ai dit nous. Je signe. Mémoire parole passé. Je signe. La pupille. De l’œil. Est une pierre. Pupille. De l’œil. Masse rocailleuse, météorite, planète. J’ai une planète. Dans le creux de l’œil. Notre enfant va naître. Est-ce que tu crois que j’ai bien dit tout ce qu’il fallait. Une planète. Dans l’œil. Me rend aveugle. Parfois. Mais donne à voir. A suivre. Derrière le rideau. La femme raconte aux corps allongés les gestes de l’homme. Les corps sont-ils des êtres humains, ou animaux, des êtres porcins. La femme raconte ton histoire. En ton absence. D’où viens-tu. En ton absence. Quel est ton nom. J’entends la voix basse de l’homme dans la nuit : toute ma vie, je serai fier de toi. Il dit. Il est fier de toi, tu sais. J’entends toute sa vie dans le son de basse de sa voix. J’entends toute sa vie, fier de toi. 00h25. Quant à l’habit de mort du père de l’époux, quand il sera tissé, je t’ouvrirai mon lit. Les yeux. Ne veulent pas que tu rentres chez toi. Les yeux. DESIR DE. Les yeux. Appelons-les d’un nom qui saurait dire à suivre en étant présent sans rien renier de ce qui fut. Encore deux nuits de récit. Avant le retour. Oh, que le récit ralentisse mon retour. Oh, que le récit ralentisse mon retour que le récit dit. Demain, je recommence.

Il manque des jours. Ça passe. Ça circule. Il manque des visages. ça passe. Ça circule. Il y a des visages. Qui passent. Il y a. Des visages. Entre eux circule la parole. Il y a des visages. Il sont des stations. Des stations d’arrêt dans le temps. Des visages. Des stations d’arrêt, où. La parole fait face. Elle inscrit. En chaque visage un état du temps. Circulation. De la parole dans le temps. Par les visages. De face. Par les visages. Profil. Trois quart. Se profile. Un cœur. Là, le cœur, je le vois, il a deux jambes. Il est le corps d’un animal au long cou dont la tête emplit la partie basse de la bouche du premier homme qui parle. Et vois. La parole est un corps. Vois. La tête dans la bouche du premier homme. Vois. Jambes et corps dans le corps du premier homme. Vois. Chaque nouvelle homme, et, dans son crâne, la tête du corps de la parole du premier. Le cœur est toujours chez le premier. Il me faut. Un autre récit. Un autre récit pour mon cœur d’homme premier. Il me faut. Un deuxième œil. Un seul cœur.

Il y a. Cinq lieux. Cinq visages. Il y a. D’autres lieux. Ce lieu, où je rends le vélo. Il y a, la gentillesse. Il y a, les mercis, d’inquiétude, grande. Il y a, cinq lieux marqués chacun d’une croix sur la feuille de calque. Opacité tendre et poussiéreuse compagne. Il y a. Une boulangerie où je m’arrête pour le corps il dit j’ai faim. Le nourrir, un peu, pensant à manger avec S, peut-être, ce soir. Il y a la bibliothèque où poursuivre la lecture de Point de vue d’un lièvre mort. Il y a. Un autre point de vue. Un autre fauteuil. Dans la bibliothèque. Du coté des rayons science. Big bang. Inscrit. Sur la tranche d’un livre. Il y a. Un lieu que j’évite dans la ville, une rue que j’évite, là : vit une femme que je n’ai pas envie de voir. Assez pour éviter la rue où elle habite. Habite-t-elle toujours ici, d’ailleurs. Il y a le bar où j’ai rendez-vous avec S. Il y a le restaurant où nous allons manger ensuite. Il y a. Cinq visages. Aussi. Cinq fois un œil = cinq. Un dans la tête. Lieu et place de la pensée. A la place de la pensée, ton regard. Un, u-dessus de la tête. Comme une fleur qui te pousse de la pensée et qui vient dehors et regarde. C’est l’œil du sous-marin, aussi. Tout le corps est dans la mer, mais un œil sort et point et regarde : alors quoi, dehors. C’est un œil, au centre du visage. Un œil de terreur plantée au centre du visage. Une terreur plantée par l’œil au centre du visage comme un clou enfoncez-vous moi ça bien profond, terreur, et ma bouche s’ouvre, c’est un cri, si tu voyais à l’intérieur, l’état de la pensée, ça veut sortir, ça bout, ça m’est entré par l’oreille, mais le clou c’est cet œil de terreur planté au centre, est-ce que tu l’entends, qu’est-ce que tu vois. Il y a. Oh moi tu sais je ne vais pas faire trop de bruit. J’ai entendu, oui. Un peu. Mais que dire. Je vais dire. Un peu. De ce que j’ose entendre. Un peu. Vois-tu. Il y a quelqu’un encore après moi. J’ai l’impression que c’est une vieille, très vieille personne aujourd’hui. Elle me semble fatiguée. Malade peut-être. Très maigre. Mais, il lui reste encore de la force : pour entendre ce que je dis. Et pour à son tour, prendre la parole. Mais je ne vois pas comment cela continue. Je le sais. Je reviendrai demain. Te le dire.

Je referai. Le parcours. Pour toi. Je le refais. Aveugle. Tout me revient. Un vélo. Qui n’est pas le mien. Tu veux savoir. Le rendre. Un vélo. Qui n’est pas le mien. Cher père je t’écris pour te demander pardon enfin c’est pour ça que je reviens. Attacher le vélo. Le rendre. Le détruire. Demander pardon. Toujours demander. As-tu jamais pardonné, toi. Ouvrir un compte bancaire au nom de ce qui secret. Parfait. Marcher dans la ville et croiser G mon P. Il a du ventre, tiens. Continuer la marche. Cher F, chère S, cher P. Mes amis proches vivent loin. Mes amis anciens vivent loin. Les amis d’aujourd’hui sont proches dans la ville lentement certains devenons amis le deviendrons nous le sommes. Est-ce qu’on sait toujours après. Est-ce toujours après que l’on sait. Savoir : pendant. En quoi tu crois, me demande S. En quoi je crois. En la seule certitude de mort pour finir. En la seule certitude de l’inaccessible comme seul moteur à mon désir. Je crois. Au réel de ce qui vient. Moi allant. Sont-ce des nuages. Tu avais dit brouillard, je crois. Une brouille. Le calque. On voit au travers. Tu n’as pas besoin de rien. Piste de travail. Un bloc de texte : que des questions. Un bloc de textes : que des affirmations. Un bloc de texte : que des alternatives. Des nuages à la place du cerveau. Un hôtel international, dans la ville de N, un espace culturel, à la place d’un ancien palais de justice. Un palais. De. La justice. Une ancienne justice. Si elle existait son idée n’aurait pas besoin d’exister. Salut à toi, B. 17h13, P, de l’autre côté de la rue. Trottoir en face. Sens inverse. Chemise orange. Il a du ventre. La bibliothèque. Un autre point de vue dans la. Un autre fauteuil où m’asseoir. Mon grand-père. Ton grand-père. Le big bang. Le coin des science. L’aile des sciences. Le point de vue du lièvre mort. la suite. Un homme emballe son ordinateur portable dans une serviette avec lequel je m’essuie le corps, c’est de l’eau ou c’est du sperme, c’est un ordinateur, c’est un écran, ah d’accord je comprends. Dans la ville de A, le projet de bâtir un hôtel international à la place d’une ancienne prison. Dans les murs même de l’ancienne prison. Ont-ils osé le faire. Dans la ville de N, une boutique propre et bien éclairé, aux couleurs pastels et fraîches. Ils vendent des sandwichs. Qui ça : ils. Marchands. Market. Vas-y mange. Pratique. Simple. Frais. Sain. Varié. Pas cher. Gourmand. Eco. Salade. Découverte. Equilibre. Et pour vous, ce sera quoi.

Cher F. Chère S. Cher P. Je vous écris depuis la nuit où nous avons ensemble commencé l’écrit du récit. Je me souviens avec vous. Quel chemin depuis tout ce temps. Je me souviens du sommeil et de ta voix derrière le mur. Je me souviens de votre disparition et du silence fait soudain dans la maison. Je me souviens de A, d’abord, elle était avec nous puis elle est sortie quelques temps seule, personne ne l’a vue partir, quand elle est revenue, elle n’était plus tout à fait la même. Quand vous êtes partis, tous, la maison alors a eu ce son vide. J’ai couru pouvoir vous rejoindre dehors. C’était la nuit, je suis sorti, je ne vous ai pas retrouvé. Je suis rentré. La maison n’était pas vide en vérité. Mais c’est avec vous que je voulais être. C’est avec vous que je suis rentré. Avec vous, j’ai recommencé d’écrire. Depuis la nuit. Avec T, et son chien, ou celui de son père, avec le garage, et ce pan de mur où chaque année d’un trait de craie tu inscris ta taille plus haute. Chère S, j’écris avec l’image floue noir et rouge malgré la neige en flocon de ce passage d’un an l’autre, avec à la place du sexe un tuyau en plastique long de trente mètres, et maintenant je marche et cours dans le sol de boue jusqu’à la mer. J’écris. Une couverture sur le dos. Face à la cheminée. J’écris. Un lieu chauffé pour la vie. Cher P, j’écris depuis cette nuit où tu m’as seulement dit que tu voulais voir et pour te montrer il a bien fallu que je fasse. J’écris. Chère-cher. Avec ton secret oublié. Mais avec en mémoire cette fenêtre et la nuit dehors, la chaleur de la pièce dans le dos, et proche du visage, devant : le froid de la vitre et la nuit dehors. Avec nous et la nuit, j’écris.

Résumé. De l’épisode où choisir de. Choisir quand. Décider. De dévoiler son. Identité. Décider de. La cacher. Jusqu’à quand. Fille de. Fils de. Des femmes données aux hommes par leurs pères. Son fils. Son préféré. Né d’une esclave. Les yeux refusaient à sa femme un autre enfant. Il dit. Plus tard, quand vous aurez fini, nous demanderons votre nom. Regarde donc, fils de N, joie de mon âme. Ma richesse. Pendant sept ans. 1O jours. Trois fois l’année. Quelqu’un m’assassine mon frère. Je revis ce passage. 13h08. Mercredi. Chez moi. N’ai-je plus de joie à régner sur ces richesses. Cédant à la douceur du frisson glacé des pleurs. Ignorant encore s’il est mort ou vivant. Je n’écris pas ce que tu lis. Tu ne lis pas ce que j’écris. Allez, va, écris. Tu n’entends pas ce que je dis. Vas-y. Crie. Femme, je viens d’avoir le même sentiment que toi. Désir de pleurs. Pleura. Pleura. Pleura. Ne garde pas les yeux secs. Il pensait, dans son âme, à son frère qu’avait tué le brillant fils de. Je lirai la parole de toutes les voix. Je me donnerai la réplique s’il faut mais je tiendrai face à la. Je jouerai tous les rôles. Ne comprenant qu’à l’instant de dire ton nom que c’est de toi et à toi que je parle et non ta parole que je dis. Il pénétra dans la ville. Un mendiant, lui si peu mendiant. Moi seule le reconnus. Et moi sans mourir. Et quand je l’eus baigné et frotté d’huile fine. Il m’exposa dans ses détails le projet. Les hommes. Dedans. La femme. Dehors. Tu appelas chacun en imitant la voix de leurs épouses. Malgré notre désir. Lorsque parut la fille du matin, l’aube au dos rose. Mes biens. Mes domaines. Ma maison. Mes moutons. Mes bœufs. Ma mère. Avec l’espoir que tu me parles de sa triste fin. Je ne saurais éluder tes questions. Ni te leurrer par des mensonges. Je ne veux te dissimuler le moindre mot. Là, une île dans la houle. Un jour. Là. D’où l’on relance en haute mer. Depuis vingt jours. On lui demande des nouvelles de toi. Et il raconte son histoire à lui. Il raconte l’histoire de son frère. Il ne dit rien de toi. Ne me dit rien qui vaille. La faim tord le ventre. Le désir le brûle. Te résignes-tu parce que tu aimes souffrir. Oui, je vais, étranger, te répondre en toute franchise. Ce sont les yeux, les responsables. Es-tu donc un enfant sans corps et sans réponse. On dit qu’il est mon père, l’auteur de mes jours. La route. Les mesures de ta route. I reprend la parole de M que tenait jusque là F. Je n’entendais rien. J’écrivais. Je regardais ailleurs. J’écoutais autrement. Le passage de la parole. De ton cœur à mon. La circulation de l’histoire. D’un corps à un corps. La prise de la parole. Par un corps. La prise d’un corps. Par un autre. ET EN RIEN. DANS. ET AVEC. CE. TU DISAIS. Mercredi. 17. Un début d’après-midi. A l’heure où le soleil a franchi la moitié du ciel. Vendredi. 2. Bibliothèque. Lièvre mort. Arrêt. Reprise. Une menthe à l’eau. Dragon. Panthère. Porc. Ce que je savais déjà. Ou bien. Ce que tu as déjà dit. Avant même d’en faire le récit. Il oublie d’ouvrir les yeux. Il va devoir retourner. Au lieu de l’oubli. Ne souhaite-t-il donc pas rentrer. Lui non plus. Il n’est point nécessaire que tu le saches est le véritable nom de ma réponse. Deux seuls ont péri pendant le retour. Un autre est captif. Coupable de grave insolence, proclamant qu’en dépit des yeux il échappait au gouffre. Ton frère. Pasteur des nations. Berger des peuples. Méditant l’abomination. Aveugle à sa mort. Récit concurrent. Fidélité. Trahison. Vengeance. Transmission. Courroie de transmission. Moteur. Voile. Rames. Fils qui tue. Fils qui prend. Fils qui doit. Qui attend, qui va, cherche, revient. Il reviendra. Le même jour que son père. Car son père est vivant. Il reviendra. Le même jour que le frère de. Son père. Car son père est mort. Il reviendra. Pour venger son père. Il revient. Pour reconnaître son. Yes my son. Nomme-moi donc le troisième, celui qui vit encore. Mille pensées troublaient mon cœur. Lorsque parut la fille du matin, l’aube au doigt rose. Le temps de onze ou douze jours. Le plaisir que je prends à prêter l’oreille à tes récits. La danse des voix se distribuant la parole. Chacun change de rôle. Pendant ce temps, les 108 jouent dans la cour. Ignorant le départ de T, et la possibilité de l’existence du récit. Salut à toi qui m’a prêté ton bateau pour que j’aille chercher des nouvelles de l’autre. Salut à toi, porcher, chien. Sache que les meilleurs après nous l’accompagnent. Le peuple. Les points de suspension. Briser sa force avant qu’il ne devienne un homme. Ils se firent hommes. Tel est le corps du récit. Il courut en porter nouvelle à P. Seront-ils épargnés par U. Quel besoin de s’embarquer sur ces vaisseaux rapides qui emportent l’homme dans l’espace. Veut-il donc que le monde oublie jusqu’à son nom. Toi, que toutes sortent de vertus signalent. Je me refuse à mentir. Je savais tout. C’est moi qui lui donnai ce qu’il voulait. Avant douze jours écoulés. Sauve-moi mon fils. Sauve-moi, mon fils. Parle-moi aussi de l’autre. Pour celui-là, je ne puis te dire clairement s’il est vivant ou mort. C’est là qu’ils s’embusquèrent pour l’attendre.

Ensuite. [5/12]


5. Dimanche. 14. Jeudi. 8. Ville de. N.


Et je te reconnais. Je suis ton chien. Je te reconnais. Moi. Je suis le seul à te reconnaître. Et j’en meurs. J’en meurs de te reconnaître est mon nom véritable. J’en meurs d’à nouveau sans cesse naître avec. Toi. Sans. Toi. Rien. Ne peut être sans amour. Dit l’homme dans le fauteuil vert. Quand il prend la parole, enfin, tout le monde l’écoute. Quand il prend la parole, chacun reconnaît son maître. Chacun en meurt. Tu as eu ta réponse. Tu as eu la réponse à ta question première. Maintenant, il faut rentrer chez toi. Car ne dis pas qui je suis est mon nom véritable. De quoi s’agit-il. D’un compte-rendu. D’une enquête. Sur le personnage toi du monde. O, c’est le nom du voyage. Oh, dis c’est quoi le nom du voyage que dit ton nom. Cherche. Poursuis. Des notes. Une lecture. Une voix. La présence. Des voix. Des corps. Ferme les yeux. La présence, des voix, seul décor. La voix, le seul des corps que jamais tu ne toucheras. Le récit. Je suis. Le récit. Je suis. La parole. Je suis. La loi. Qui m’a écrit. Ferme les yeux. J’entends. Ils parlent. J’entends. Ils disent. J’entends. Ils te parlent. Qu’est-ce qu’ils te disent. Toi, tu aimes qu’on parle de toi car ne dis pas qui je suis est ton nom véritable. Ce secret. Etait connu d’eux deux seuls. Qui a dit ça. Je l’ai entendu. Elle dit hop quand elle donne la parole. Elle va manger. Mange-moi. Raconte-moi. Digère-moi. L’homme. Dans le fauteuil vert. Il ne dormait pas. Il attendait. Dans son fauteuil vert. Il est le cri d’un oeil blessé. Dans la maison, construite autour du lit. Tu te souviens. Mon sexe dressé dans la nuit. Ne me regarde pas. N’allume pas. Ce feu. Si tu me vois, je meurs. Si tu me vois, mes ailes se déploient, je m’envole, et je meurs à nos plaisirs, allume tout, je veux. Te voir dans le feu. Allumons. Ce feu. Oui, les yeux. Lit d’origine à ton désir. A mon. Désir. Une d’origine. Ce lieu. Ce son. D’origine. Ce lieu dort. Y gît l’origine de mon désir. Ou bien sa fin. Partir. Avant la fin. Mange-moi. Jusqu’à la fin. Raconte-moi. Tout. Reste. Avec moi. Tout. Me reste. Sans fin. J’aimerais. Que tu acceptes. De porter ces messages. Que j’ai à faire parvenir au monde. Si tu acceptes, tu dois être disponible à tout moment de ta vie. Messager de. Mais. Mais. Je vole ! Je vole ! Brave petit. Et toi, quel message as-tu dans le creux de ta main. Veux-tu me dire. Origine du jour. Je. Veux. Au jour de ma mort. Vouloir tout revivre de ma vie. Trop tard. Il s’est choisi lui-même comme corps et vie pour revivre sa vie dans le corps d’un autre s’il avait à revivre. Mais. Tu n’auras pas à revivre. C’est bien ce que je dis. Je suis dans la montagne. Je fais la lecture à l’espace. Je me lie à l’espace. Je le relie à nous. Je te fais la lecture. Corps chaud de l’amour tu lis ton amour à lire. Ta voix résonne. Dans la vallée. Je t’appelle. Est-ce que tu es avec moi. En ce moment. Si. Tu es avec moi. Qui donc anime le soleil. Faire. Une liste. De tous ceux à qui un jour tu as parlé. Dans ta vie. Ceux. Tous ceux. Animés par ta parole. Ceux. Tous ceux. Dont la parole t’anime. Nous. Récit du retour de toi par toi. Nous. Récit du retour des autres par toi. Nous. Récit du retour de l’enfant par toi. Papa c’est quoi, là qu’est-ce que c’est là papa, c’est toi là ou c’est pas ? 00h49. 1H15. M, bonsoir. Avant de rentrer chez moi. Ci-jointes les quelques pages de notes écrites aujourd'hui, à P. C'est plus que brut, et sans travail d'écriture. Suis curieux de savoir ce que tu y liras, toi qui n'est pas là. Sensation d'être d'avantage dans ce que j'entends, dans et avec les textes, qu'avec ce qui se passe. Qu’avec ceux qui sont ici. Je n’ai jamais rencontré personne. Est-ce que c’est possible. J'entends avec et dans les textes. J’entends avec ici. Oui. Etre. Ici. Me plaît. Oui. Je m’y sens tranquille. Je m’y sens libre. Je m’y sens être. Libre pour faire comme je veux et sens. J'essaye. De t'envoyer des images. Les vois-tu. Quel est le pouvoir des mots. C’est ton dessin. Le pouvoir. Un soleil, une parole, une lumière. Une échappée. Une île, émergeant de la mer de silence est le nom véritable de la parole du lieu. ça, c’est mon chemin. D’un corps à un autre corps. D’une bouche à une oreille, la parole traverse les corps, les cœurs, les pensées, pénètre chacun de nous, chemine en chacun de nous. Plaisir pour elle. Plaisir pour nous. Plaisir, au jaillissement d’elle. Ma bouche, déverse, une salive chaude, une parole dans le creux de. Un croc. Venimeux et glaçant de ma bouche voudrait te mordre c’était d’amour que je voulais parler. D’autres mots te viendront. Nous avons tout le temps. Regarde-le, là-bas, comme il bande, attaché au poteau du bateau. Tu as vu : de sa bouche, la semence. Tu veux dire sperme. Tu veux dire foutre. De sa bouche, nulle parole. A sa bouche, je viendrais boire. Ici, je viendrais voir. Je recueillerai sa parole fertile. Les. Mots que tu ne dis pas, veux-tu que je te les dise. Regarde. A l’intérieur de lui des femmes dansent. Il bande et jouit par sa bouche comme c’est charmant. Ou bien. Faire sans image. Faire avec les mots, et sans image. Faire avec les sons. Faire son monde, voilà, c’est ça. Avec les notes que je t'envoie. Comme tu préfères. Dis-moi. Tu préfères quoi. Ils sont encore cinq en bas. Un jour, la maison sera vide. Oh, vite, que notre enfant naisse. Non, cette maison je n’en veux pas. Et de moi, veux-tu bien toujours. Je suis assis dans un bureau. J’ai quarante ans, je les entends. Un voyage au cours duquel un mystérieux artiste. Je récolte des indices. Je ne bâtis pas la ville que j’ai dit que je bâtirai. Je te fais le récit de ma vie en mon absence. Je te fais le récit de la vie d'un homme en ton absence. Je te fais le récit de la vie d'un œil. Qui ne meurt pas, lui. Regarde, il y un artiste dans la chambre, est-ce que tu crois qu’il est vivant. Tu y vas, ou j’y vais. Quel est son nom, d’où vient-il, quels sont ses parents et sa ville. Je veux le connaître. J’arrête. Pour aujourd'hui. J’arrête. 2H00. Bonne nuit. A toi. Bon jour. J’espère que tout va et continue pour toi comme tu aimes. Je t'embrasse. A très bientôt. M. 2h23.

Les trois marches. Les trois tracés. Les trois stylos. Chère P. Etre trois. Oui. Sais-tu qui sont les êtres un et deux. Ecrire. Ecrire trois lettres. Et nous voilà quatre. Chère P, chère N, Chère L, je vous parlerai aujourd’hui de l’homme au fauteuil vert. Nous voilà cinq. Encore 103, et le compte y est. Un corps sans toi. Je reprends. Je mélange tout. J’agite. Les êtres, les dates. Jeudi. Première sortie. Hier. Premier retour. Deuxième. Troisième. Aujourd’hui vendredi, 6h54, encore la nuit. Il y a 26 jours, dimanche, il y a cinq mois, même lieu, P, ville de N, c’est là que je le vois pour la première fois. L’homme au fauteuil vert. Hier. Jeudi. Vendredi, 6h58, ciel encore sombre blanchissant. C’EST VISIBLE A L’ŒIL NU. L’arrivée du jour. L’avancée du temps. Un œil : nu. Hier. Jeudi. Descendre, tourner, marcher jusqu’au tramway, voir les travaux, la disparition des maisons anciennes, un terrain nettoyé des maisons anciennes, la terre plane et vide et les panneaux avec la photo de l’immeuble futur. La disparition des maisons qui étaient là, leur absence, dans l’une d’elles j’ai failli vivre. Il a vraiment failli vivre, savez-vous. Un peu plus, et il existait. Je parle de U. Bonne blague. Qu’est-ce qui a manqué pour qu’il existe. Il a manqué : qu’il sorte du récit. Il a manqué ça, le petit U. Est-ce qu’il a essayé. Le tramway, et les trois adolescents. Deux garçons, une fille. C’est elle, la reine. Le plus jeune des deux garçons s’oppose à elle, il la cherche, sa reine, la reine c’est elle. La reine future, c’est elle. Le tramway. Le bus. Les journaux gratuits. Qui paye quand tout est gratuit. Qui révèle l’origine des phrases. Aucun mot ne m’appartient. Le divan. Psychanalyse. Le retour. A pied. L’achat du journal écrit ce jour par des philosophes. Si ceux-là s’appellent philosophes. Etre digne de son nom. Combien d’usurpateurs. 108 prétendants. L’importance réelle de certains : inversement proportionnée à leur visibilité médiatique. Bonne blague. Marcher. Voir la maison survivante avec tout ce qui a été rasé autour, une seule maison a été épargnée, derrière elle : la masse énorme et noire du palais de la justice et elle, toute seule devant, pas pour longtemps. Marcher. Penser à entrer dans un bar. Penser à m’arrêter dans un bar. Pour lire le chant du jour. Mais retour chez toi. Ne plus te souvenir exactement du chemin parcouru. Le supposer. Mélanger les retours. Convoquer la pensée des trajets. Décrire les trajets par la seule pensée du trajet, par la seule possibilité du trajet, d’un trajet, par le seul souvenir de l’existence des lieux, sans sortir de chez toi. H, il n’a jamais quitté sa maison. D’où l’invention de U. Premier retour. Deuxième sortie. 7h20. Vendredi. Filmer le lever du jour. L’écrire. Le faire. Un jour. L’évoquer. Là. Hier. Deuxième sortie. Escalier, trottoir, traversée, rue, escaliers, marche vers la terre plane et vide et les panneaux avec la photo de l’immeuble futur. Il y a des pelleteuses, elles creusent, le paysage a déjà changé, un trou se creuse, je croise D, elle habite juste là, elle me montre la fenêtre de chez elle, nous marchons jusqu’au tramway, ensemble, je suis en train de travailler, dis-je, quand je travaille ça ne se voit pas, je ne suis pas, en train de travailler, quand est-ce que je travaille, quand tu ne me vois pas, c’est le seul temps du travail vrai, le temps du retrait, être, à l’écart, dedans, vivre de ton travail, attention, à ne pas prendre froid. Poster une lettre recommandée. Avoir écrit cette lettre. Une mise en demeure de paiement. Tu vas payer. Tu dois payer. C’est quoi. Le premier conflit de ta vie. Moi, je voulais pas y aller, j’ai joué le fou mais j’avais un enfant, ils me l’ont mis sous les pieds, un pas de plus et je le tuais, ce fut cela mon premier conflit : ce pas de plus, et non cette guerre de dix ans qu’au lieu de ce pas je fis. Le lieu. De ce pas. Tu m’entends ? Je t’aime. Je ne sais pas ce que ça veut dire. Ça m’est venu comme ça. Pardon. Je marche en direction de la bibliothèque. Lecture. De la suite. Du point de vue. Du lièvre mort. Je n’arrive pas à me concentrer. Quelque chose a basculé. D’une force et d’une confiance j’ai basculé dans une paralysie. Deuxième retour. Depuis le tramway, je guette à l’extérieur la présence de J qui je le sais est train de marcher sur le trottoir, avec son enveloppe blanche dans la main gauche ou droite, et dedans l’enveloppe il y a la lettre pour L qu’il propose en fin de marche à un homme. Je le vois. Est-ce qu’il souffre. A nouveau je me le demande, en le voyant, voyant son visage, une grimace, comme une grimace, il a un blouson bleu, le tramway file, je l’ai vu, J. Retour. Chez moi. Troisième sortie du jour. Avec la nuit. Tombée. 7h40, jour levé maintenant. Traits blancs roses dans ciel bleu pâle au dessus de l’église, masse sombre. Hier. Avec le vélo dans la nuit. Pas de lumière. Attention, police, peur, gendarme. Gauche, gauche, traverser, rivière sur pont, gauche, virage droite, montée gauche, tout droit, jusqu’à la grille, gauche, là entrer. Attacher le vélo, dans le dos de D. Est-ce qu’elle m’a vu. M’asseoir à la place L 42. Voir G et T, là-bas. Ne pas faire signe. Les regarder. Est-ce qu’ils m’ont vu. Dernier retour du jour. Tu vois, j’ai fait des choses.

J’ai la tête plongée dans l’eau. J’ai la nuque cassée pour pouvoir parler face tournée vers le ciel. Je dessine dans l’eau une île. Je suis une île. Je suis un il. Oui. Je suis un nid de mots depuis lequel je t’envoie des nouvelles de mon île en ce voyage que pour toi j’invente, mon fils. Je le fais, crois-le, je n’invente rien. Quoi que tous ces 108 jaloux prétendent que je ne dis pas vrai. Je ne te dis pas que je dis vrai. Je te dis que je n’invente rien. Tu me comprends, n’est-ce pas. Je suis la face émergente de 7h53, 7h54, je prends une photo, tu verras, je te la montrerai. Le soleil chauffe l’intérieur de ma bouche. Quand il brûle, je commence alors la parole et selon que je continue de regarder le ciel ou que je déplace l’axe de mes yeux, la lumière éclaire différents points du monde. Selon, ce que je vois. Ce long et lent filet de voix qu’est le mien répondant à la question inscrite par toi sur mon visage. Si tu me regardes. Si tu m’écoutes. Tandis que tu m’entends parler oui tu entends la question que tu me poses. Suis-je une. Ou un. Nous sommes. Entre.

Chère M, je me souviens du temps où mon visage était vierge. Mensonge. Je l’imagine.

Chère N, je ne peux ici parler sans impudeur de cela à quoi je pense et je ne saurai dès lors qu’interroger l’impudeur à dire. Cher fils, tu comprends donc pourquoi ils disent que je mente. Chère L, je pense à tes mercis, je pense à N, une autre N, qui m’avait dit que je ne me protégeais pas assez, alors que je savais, et avec quelle violence, à quel point je dissimulais tout de moi. Tout, non pas, non, pas tout. Cher fils, je ne tenterai pas de te dire tout du monde, car je souhaite ta venue. 8h09. Une photo. 8h16. Une autre. 8h21. Fin de la pellicule avec vues du ciel. Je déplace la table vers le radiateur. Je reprends. L’homme au fauteuil vert me dit qu’il veut parler, qu’il est seul et qu’il a mal, il me dit je veux un corps face à mon corps pour lui parler. Il me dit j’ai cent ans sans parole. A cent ans je suis toujours un enfant, oui, ça s’entend et sans toi mon fils à qui dire je suis, me dit l’homme au fauteuil vert. Je parle, à l’homme au fauteuil, alors, de ces personnages à qui l’on donne l’immortalité, mais à qui l’on oublie de donner la jeunesse immortelle avec, et qui, en effet ne meurent jamais, mais connaissent la décrépitude sans fin. Vous, je dis, c’est tout l’inverse. Irai-je aussi loin jamais que vous. Je ne le veux pas, je crois.

Résumer. Nommer l’île. Où la femme de plaisir te retient. Nommer les deux îles. Celle de la beauté. Celle de la racine. Celle de l’immortalité refusée. Celle de l’ancrage à la suite. Celle de l’autre donné à la vie. Dire les premiers mots, comment ils furent lus face au terrain dévasté et dans le souvenir des maisons qui jadis se dressaient là, et, face à l’image de l’immense et unique et neuve bâtisse annoncée. Revenir à la première table. Là, le soleil m’aveugle. 8h42. Ecrire. A l’ombre. Ecrire. Face au soleil. Impossible d’écrire en regardant le soleil. Ecrire, aveugle. D’avoir vu le soleil. Ecrire. A l’ombre. C’est à l’ombre que je m’adresse. C’est à l’ombre du soleil que je m’adresse. Aveugle. Au soleil. Sans escorte. Au café de G. Le désir invente le désir. Et la mariée. Mise à nue. Corps de femme, au sexe imberbe, jambes écartées, visage caché, corps allongé, offert, derrière la ruine d’un mur, sur des brindilles de petit bois, derrière : la belle nature d’origine, vaporeuse et floue, une source coule, tout là-bas. Une source combien plus proche te coule jusque dans le regard. Je t’écris. Pleurant sur le promontoire où tu passais tes jours. Pendant neuf ans. Et. A la dixième année. Ceci n’est pas un arrêt au port. La merveilleuse eut un frisson. Dans un champ par eux trois fois labouré. L’endurant eut un frisson. Et moi je l’accueillis, je le nourris, je lui promis de le rendre immortel, et qu’il ne vieillirait jamais. Comment le renverrais-je. Comment le reverrai-je. Mon. Chez moi. Ici. C’est chez moi. Là-bas. J’ai vécu là-bas. Dans une maison. Elle fut la mienne. Aujourd’hui, d’autres y vivent. Une seule solution. Les faire payer. Une seule solution. Les en chasser. Les soumettre à l’injonction, moi, sans pouvoir, à leurs yeux. J’irai, à la guerre. Je reviendrai. Ma renommée me précèdera. Et de retour, je prendrai le pouvoir, le reprendrai, pour toi, pour te le donner, sauras-tu le prendre. Je saurai le prendre si je le veux de toi. Et, il pleurait en regardant la mer sans moisson. Autre chose que mon retour. Le serment, majeur. L’antre, profond. La végétation luxuriante protégeant embaumant l’entrée de l’antre. Si tu pouvais imaginer, tu serais immortel. Malgré ton désir de revoir. Ils atteignirent. L’antre profond. Ils regagnèrent. Le fond de la grotte profonde. Poutres. Chevilles. Carène. Charpentes. Bordage. Poutrelles. Voliges. Antenne. Mât. Bastingage. Drisses. Ralingues. Ecoute. Afin de pouvoir gouverner. C’était le quatrième jour, et tout était fini. C’était le cinquième. Un vent inoffensif et doux. Pendant dix-sept jours. Le dix-huitième. Les vêtements données par C l’assourdissaient. L’assourdissante C. L’assourdissant assaut. L’assourdissant assaut des prétendants s’apprêtant au repas. Quitte tes vêtements et abandonne cette barque. Prends ce voile divin. Puis, au rivage, détache-le en hâte, jette-le, et cependant détourne-toi. Je crains un nouveau piège. Je ne t’écouterai pas. La mer se déchaîne. Je t’écouterai. Je t’écoute. Je fais ce que tu m’as dit. De faire. Et le temps. S’étire. Sans cesse. Afin de ralentir le retour. Afin de profiter du plaisir de. Afin de repousser le moment où. Tout. Sera. A refaire. En attendant, le haut ressac grondait contre la terre ferme. Il s’agrippe, il grogne, il prie le fleuve, il prend la mer. Il prit la mer, oui, et la pria, même, et apprit on ignore quoi. C’est cela que l’on voudrait savoir. Ce qu’en mer il apprit des yeux d’une ou d’un autre. Je. Te. Prends. Je. Te. Prie. Je. Te. Pends. Par les pieds. Tranquille refuge de l’estuaire. Sa fatigue, était effrayante. Quand il eut repris ses sens, il détacha le voile et le lança dans le courant du fleuve vers la mer. Je te prends. Je te prie. Je te pends. Par les pieds. Qui suis-je. Que va-t-il encore m’advenir. Ces deux arbres. Etaient étroitement enlacés. Il pénétra. Puis de ses propres mains, il fit un lit. Car patient et plein de joie est le nom véritable de. Lumière du jour. Préservant la graine du feu pour qu’elle dure. Ma lourde fatigue.

Un divan. Un fauteuil. Une bibliothèque. Un coin. Une science. Une paralysie. Une impossibilité. Un conflit. Un passage. Un prix à payer. Une réduction. Un statut social. Une preuve. Une carte. Trois enveloppes. Une enveloppe. Une adresse majeure. Des adresses, non-mineures. Un bar. Un homme qui commande un pastis. Un matin. Une après-midi. Un soir. Un théâtre. Des visages connus. Un retour.